Employabilité et inclusion professionnelle au Bénin : les RH outillent les personnes handicapées pour conquérir le marché du travail

À Cotonou, le Women Golden Meet HR et Management Services Bénin ont organisé une action solidaire consacrée à la rédaction de CV et aux techniques de réussite d’un entretien de recrutement. Une initiative portée par Axelle Akpo épouse Touadé, saluée par les participants et la Fédération des Associations de Personnes Handicapées du Bénin, qui plaident pour un recrutement davantage fondé sur les compétences que sur le handicap.

L’accès à un emploi décent constitue un enjeu majeur d’autonomie, de dignité et de participation au développement économique et social. Pour les personnes handicapées, la quête d’une opportunité professionnelle reste cependant confrontée à plusieurs obstacles, notamment le manque d’informations pratiques sur les procédures de recrutement, les préjugés persistants et la difficulté à faire reconnaître des compétences parfois acquises en dehors des circuits classiques de formation. C’est pour contribuer à lever ces barrières que le Women Golden Meet HR (WGMHR), en partenariat avec Management Services Bénin (MS Bénin), a initié une action solidaire dédiée à l’employabilité des personnes handicapées.
Organisée dans le cadre de l’initiative « Octobre solidaire », cette rencontre s’est tenue au siège de la Fédération des Associations de Personnes Handicapées du Bénin (FAPHB), à Sainte-Rita, rue 329, à Cotonou. Elle a réuni des professionnels des ressources humaines, des personnes handicapées en quête d’emploi, des acteurs associatifs et des participants désireux de renforcer leurs connaissances en matière de candidature et d’insertion professionnelle.
Au cœur de cette activité : la conception de CV adaptés aux différents secteurs d’activité, les techniques de rédaction d’une lettre de motivation, les bonnes pratiques pour réussir un entretien de recrutement et la nécessité de promouvoir des procédures de sélection plus inclusives.

Axelle Akpo épouse Touadé, une initiative au service de l’inclusion
Fondatrice et manager de Management Services Bénin, ainsi que présidente du Women Golden Meet HR, Axelle Akpo épouse Touadé a placé l’humain au centre de cette action. À travers son cabinet de conseil, qui intervient dans plusieurs domaines de l’accompagnement des organisations, elle défend une approche des ressources humaines fondée sur la valorisation des talents et le développement des compétences.
Pour elle, l’inclusion professionnelle ne doit pas rester un principe théorique ou un slogan. Elle doit se traduire concrètement dans les pratiques de recrutement, l’organisation du travail et les possibilités offertes à chaque candidat de démontrer ce qu’il peut apporter à une entreprise.
C’est dans cette perspective que le mois d’octobre a été consacré à la solidarité au sein du Women Golden Meet HR, un réseau qui rassemble plus d’une centaine de professionnelles des ressources humaines au Bénin. Cette année, l’attention a été portée sur les personnes handicapées, dont les compétences restent parfois insuffisamment reconnues par les employeurs.
« Les personnes handicapées ne sont pas un frein pour la société. Avoir un handicap ne signifie pas être inférieur à quelqu’un d’autre », a défendu Axelle Akpo épouse Touadé, insistant sur la nécessité de faire évoluer les mentalités et de permettre à chacun de participer pleinement au développement des organisations.
Selon elle, les professionnels des ressources humaines ont une responsabilité particulière dans cette dynamique. Ils doivent pouvoir identifier les aptitudes des candidats, mettre en évidence leurs compétences et leur donner la possibilité de faire leurs preuves, sans laisser les représentations liées au handicap prendre le dessus sur l’évaluation professionnelle.

Des CV mieux construits pour des candidatures plus convaincantes
L’un des principaux temps forts de la rencontre a été consacré à un atelier pratique sur la conception des curriculum vitæ. L’objectif était de permettre aux participants de mieux présenter leur parcours, de valoriser leurs expériences et d’adapter leurs candidatures aux exigences des postes recherchés.
Les échanges ont notamment mis en évidence une règle essentielle : la précision et le détail dans la présentation des compétences et des expériences. Un CV ne doit pas être un simple document administratif énumérant des diplômes et des emplois antérieurs. Il doit raconter, de manière claire et structurée, le parcours du candidat et démontrer sa capacité à répondre aux besoins d’un employeur.
Trois cas pratiques ont ainsi été abordés, avec une même exigence : fournir des informations précises, pertinentes et vérifiables, en fonction du secteur professionnel visé. Les participants ont été sensibilisés à la nécessité de concevoir des CV adaptés aux domaines administratif, technique et artisanal.
Cette approche permet notamment de mieux faire reconnaître les compétences acquises dans des parcours parfois atypiques. Une expérience au sein d’une association, un apprentissage auprès d’un artisan, des travaux de réparation effectués sur le terrain ou encore des responsabilités administratives exercées dans une organisation peuvent constituer de véritables atouts professionnels, à condition d’être correctement présentés.

Le riche exposé de Sybill Ariane Chancoco qui rassure les participants
Consultante en ressources humaines, Sybill Ariane Chancoco a contribué à cet exercice en mettant l’accent sur la visibilité des compétences. Forte de huit années d’expérience dans l’accompagnement des organisations, des talents et des parcours professionnels, elle a rappelé que de nombreux candidats disposent de capacités réelles sans parvenir à les faire ressortir dans leurs dossiers.
L’enjeu de l’atelier était donc de leur apprendre à se présenter avant tout comme des professionnels capables d’apporter une contribution concrète à une structure.
Un CV adapté à chaque offre d’emploi
Les participants ont également été invités à comprendre qu’un même CV ne convient pas nécessairement à toutes les candidatures. Le document doit être ajusté en fonction du poste recherché, des compétences demandées et des besoins de l’entreprise.
Un candidat qui postule à plusieurs fonctions doit ainsi mettre en avant, pour chaque offre, les expériences et les aptitudes les plus pertinentes. La présentation des informations doit permettre au recruteur de comprendre rapidement ce que le postulant sait faire et en quoi son profil correspond au poste.
Les conseils pratiques ont également porté sur la lisibilité du document, le choix d’une police de caractères simple, la sobriété de la mise en page et la qualité de la photographie lorsqu’elle est jugée utile. L’objectif est d’éviter les présentations surchargées, les couleurs excessives et les informations sans rapport avec la candidature.
La lettre de motivation a fait l’objet d’explications complémentaires. Contrairement au CV, qui présente le parcours, les qualifications et les expériences, elle permet au candidat d’expliquer son intérêt pour le poste, sa compréhension des activités de l’entreprise et la contribution qu’il entend apporter.
Les intervenants ont par ailleurs encouragé les participants à utiliser les outils numériques et l’intelligence artificielle avec discernement. Ces technologies peuvent aider à structurer un document ou à améliorer sa rédaction, mais elles ne doivent pas remplacer la réflexion personnelle du candidat. Le contenu final doit rester fidèle à son parcours, à ses compétences et à ses réalisations.
Handicap et recrutement : dépasser les préjugés
Au-delà des aspects techniques, la rencontre a ouvert un débat important sur les pratiques de recrutement et la place accordée aux personnes handicapées dans les entreprises.
Une question a notamment retenu l’attention : faut-il mentionner son handicap sur son CV ? Les échanges ont mis en avant le caractère personnel de cette décision. Le candidat peut choisir de ne pas en faire état sur son CV, de le mentionner sobrement ou d’aborder la question au moment de l’entretien, selon sa situation et les besoins liés au poste.
L’essentiel est de distinguer les compétences professionnelles des éventuels aménagements nécessaires à l’exercice du travail. Un besoin d’accessibilité physique, de documents adaptés ou d’interprétation en langue des signes ne saurait, en lui-même, résumer le profil d’un candidat ni préjuger de ses capacités.
Les discussions ont également porté sur la protection des données personnelles, la pertinence des informations demandées au cours du recrutement et les vérifications de références professionnelles. Les participants ont été invités à faire preuve de discernement dans la communication de leurs informations personnelles, tandis que les recruteurs ont été appelés à respecter les règles applicables et à limiter leurs demandes à ce qui est nécessaire et pertinent pour le poste.
Les échanges ont par ailleurs rappelé que l’évaluation d’un candidat doit tenir compte des exigences réelles de la fonction. Certaines activités peuvent nécessiter des vérifications particulières, mais celles-ci doivent être appréciées au regard du poste et des dispositions applicables, plutôt que servir de prétexte à une exclusion systématique.
Les professionnels des ressources humaines ont aussi partagé les difficultés auxquelles ils peuvent être confrontés lorsqu’ils doivent concilier les attentes des dirigeants, les intérêts des travailleurs et le respect du cadre légal. Cette réalité renforce, selon les échanges, la nécessité d’un dialogue permanent entre les entreprises, les recruteurs et les personnes en situation de handicap.
Réussir son entretien : convaincre par ses compétences
La préparation à l’entretien de recrutement a constitué un autre volet majeur de la formation. Les participants ont été sensibilisés à l’importance de connaître le poste convoité, de préparer des réponses claires et de présenter des exemples concrets de leurs réalisations.
Un entretien réussi ne repose pas uniquement sur la capacité à parler de soi. Il suppose également de comprendre les attentes de l’employeur, de démontrer sa motivation et de faire ressortir la valeur ajoutée que l’on peut apporter à l’organisation.
Les échanges ont encouragé les candidats à ne pas se limiter à leurs diplômes, mais à mettre en avant les solutions qu’ils sont capables de proposer. Une personne ayant une expérience particulière de l’accessibilité, par exemple, peut contribuer à améliorer les services d’une entreprise destinés aux personnes malvoyantes ou malentendantes. De même, un candidat connaissant les difficultés rencontrées par les personnes handicapées peut aider une organisation à concevoir des produits, des applications ou des services plus adaptés.
Cette approche défendue par Axelle Akpo épouse Touadé invite les postulants à transformer leur vécu et leurs connaissances en leviers de performance. L’objectif est de montrer à l’employeur que le candidat ne vient pas uniquement solliciter un emploi, mais qu’il possède également des compétences susceptibles de contribuer au développement de l’entreprise.
La présidente du Women Golden Meet HR a encouragé les participants à analyser les difficultés auxquelles ils ont été confrontés, à identifier les solutions qu’ils peuvent proposer et à réfléchir à la manière de présenter ces propositions aux recruteurs.
Elle les a également invités à ne pas considérer un échec lors d’un entretien comme une fin de parcours. Chaque expérience infructueuse peut devenir une occasion d’apprentissage, à condition d’identifier les points à améliorer et de mieux préparer la candidature suivante.
La FAPHB salue une action porteuse d’espoir
Président de la Fédération des Associations de Personnes Handicapées du Bénin, Nassirou Domingo a salué cette initiative qu’il considère comme une opportunité importante pour les personnes handicapées à la recherche d’un emploi.
Il a rappelé que l’accès au marché du travail nécessite des prérequis et des informations que tous les candidats ne possèdent pas nécessairement. Les formations pratiques comme celle organisée avec le Women Golden Meet HR permettent donc de renforcer les capacités des postulants et de mieux les préparer aux exigences des recruteurs.
Le responsable de la FAPHB a également souligné l’importance de sensibiliser les professionnels des ressources humaines, qui jouent un rôle déterminant dans la sélection des candidats. Pour lui, cette rencontre offre l’occasion de mieux faire connaître les aptitudes des personnes handicapées et de contribuer à faire évoluer le regard porté sur elles.
Il a notamment évoqué l’ouverture progressive de la fonction publique aux personnes handicapées, estimant que cette évolution doit s’accompagner d’une préparation adéquate des candidats afin qu’ils puissent saisir les opportunités qui se présentent.
Son message aux bénéficiaires est sans équivoque : le handicap ne doit pas devenir un obstacle intériorisé ni empêcher les personnes concernées de défendre leurs ambitions. Les compétences, la détermination et la capacité à accomplir les missions confiées doivent occuper une place centrale dans l’appréciation des candidatures.
#Des participants encouragés à faire valoir leur potentiel
Les témoignages recueillis au cours de la rencontre ont permis de mesurer l’intérêt concret de cette formation.
Rodrigue Hounnou, naturaliste de formation, a expliqué avoir participé à l’atelier pour mieux comprendre les exigences de la recherche d’emploi et apprendre à adapter son CV aux offres auxquelles il souhaite répondre. Il a particulièrement apprécié les conseils sur la nécessité de faire correspondre les compétences présentées aux exigences du poste.
Il a également appelé les entreprises à dépasser les préjugés qui conduisent parfois à écarter les personnes handicapées avant même d’avoir évalué leurs qualifications. Pour lui, les candidats concernés disposent de diplômes, d’expériences et de savoir-faire qui méritent d’être pris au même titre que ceux des autres postulants.
Armande Sodéga a, pour sa part, mis en avant les connaissances acquises sur la rédaction du CV et la distinction entre ce document et la lettre de motivation. Elle a estimé que ce type de formation apporte des outils utiles à celles et ceux qui souhaitent améliorer leurs chances d’insertion professionnelle.
Ulrich Padonou a insisté sur le caractère stratégique du CV, qu’il considère comme un véritable instrument de présentation du candidat auprès de l’entreprise. Selon lui, le postulant doit savoir mettre en avant ses compétences, ses expériences ou sa formation en fonction du poste visé. La lettre de motivation doit ensuite compléter cette présentation en montrant que le candidat comprend les besoins de l’organisation et peut contribuer à ses objectifs.
Ces témoignages convergent vers une même conclusion : les personnes handicapées ont besoin d’opportunités, mais aussi d’un accompagnement pratique pour mieux valoriser leurs acquis et présenter des candidatures convaincantes.
Hamdane Issifou plaide pour une première chance
Collaborateur d’ITM Bénin, Hamdane Issifou a également partagé son expérience, insistant sur l’importance de la preuve par les réalisations. Il a expliqué que l’intégration professionnelle passe souvent par la possibilité de démontrer concrètement ses capacités, notamment à travers les stages, les missions et les résultats obtenus.
Il a ainsi lancé un appel aux professionnels des ressources humaines afin qu’ils accordent davantage de possibilités aux candidats handicapés de faire leurs preuves.
Pour lui, une personne ne doit pas être jugée uniquement à travers son handicap présumé, mais à partir de ce qu’elle est capable d’accomplir dans le cadre de ses fonctions. Il a également invité les acteurs concernés à multiplier les actions de sensibilisation auprès des recruteurs pour favoriser une meilleure compréhension des compétences et des contributions possibles des personnes handicapées.
Son témoignage illustre une réalité importante : lorsqu’un candidat bénéficie d’une opportunité et d’un environnement de travail adapté à ses besoins, il peut démontrer son potentiel et participer pleinement aux résultats de l’entreprise.
« L’humain au cœur de l’emploi » : un engagement à prolonger
Au terme des échanges, le président de la FAPHB a renouvelé sa reconnaissance aux organisateurs et encouragé les participants à tirer pleinement profit des enseignements reçus. Il les a invités à transformer les connaissances acquises en actions concrètes, en travaillant davantage leurs candidatures et en osant postuler aux emplois correspondant à leurs qualifications.
La rencontre a ainsi dépassé le simple cadre d’un atelier technique. Elle a constitué un espace de dialogue entre les personnes handicapées, les professionnels des ressources humaines et les organisations qui peuvent contribuer à leur insertion.
Pour le Women Golden Meet HR et MS Bénin, l’action du jour s’inscrit dans une réflexion plus large menée durant le mois d’octobre. Selon Axelle Akpo épouse Touadé, cinq sessions consacrées à cinq questions essentielles liées à l’insertion professionnelle des personnes handicapées ont permis aux professionnelles du réseau d’échanger sur les difficultés observées sur le terrain et sur les réponses envisageables.
Un rapport assorti de propositions doit être transmis aux instances concernées, afin de prolonger la réflexion au-delà de la rencontre et de contribuer à l’amélioration des pratiques d’inclusion professionnelle.
Cette démarche traduit l’ambition d’inscrire la solidarité dans la durée, en faisant de l’inclusion un enjeu partagé par les employeurs, les professionnels des ressources humaines, les pouvoirs publics et les organisations représentatives des personnes handicapées.
Faire du handicap une différence, jamais une condamnation professionnelle
À travers cette initiative, Axelle Akpo épouse Touadé et les membres du Women Golden Meet HR rappellent que la diversité des profils peut constituer une richesse pour les entreprises. Les personnes handicapées ne demandent pas que leurs compétences soient présumées, mais qu’elles puissent être évaluées équitablement et qu’elles aient la possibilité de démontrer leur valeur.
La responsabilité des candidats consiste à mieux présenter leurs aptitudes, à préparer leurs dossiers et à défendre leurs ambitions. Celle des recruteurs est de garantir une évaluation fondée sur les compétences et les exigences du poste, tout en prenant en compte les aménagements raisonnables nécessaires. Quant aux entreprises, elles ont tout intérêt à élargir leur regard sur les talents disponibles et à créer des environnements de travail accessibles.
L’action « Octobre solidaire » du Women Golden Meet HR aura ainsi permis de conjuguer formation pratique, sensibilisation et plaidoyer en faveur d’un marché du travail plus ouvert.
Au-delà des CV et des entretiens, le message porté à Cotonou est clair : *le handicap ne définit ni la compétence, ni l’ambition, ni la capacité à contribuer au développement d’une entreprise.* Donner aux personnes handicapées les moyens de présenter leurs talents, c’est aussi offrir aux organisations l’occasion de découvrir des compétences et des perspectives qu’elles risqueraient autrement de négliger. Une conviction qui résume l’esprit de cette initiative : plus d’inclusion, plus d’opportunités et plus d’avenir.




