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Note d’alerte sur la dérive dynastique aux Comores et le risque d’instabilité régionale

37ᵉ Sommet de l'Union Africaine

 

À l’occasion du 37ᵉ Sommet de l’Union africaine, une vive inquiétude s’élève autour de la situation politique de l’archipel des Comores. Sous couvert de célébration du 25ᵉ anniversaire de l’Accord de Réconciliation de Fomboni, le pouvoir en place est accusé de détourner l’esprit même de ce pacte historique, pilier de la stabilité institutionnelle de l’archipel depuis 2001.

L’Accord de Fomboni : de la réconciliation à la rupture

Signé à Fomboni, sur l’île de Mohéli, l’Accord de Réconciliation avait pour objectif de mettre fin aux crises séparatistes et de garantir un équilibre institutionnel fragile mais vital entre les îles. Il consacrait notamment : l’autonomie des îles, la présidence tournante, des institutions de régulation indépendantes. Or, selon plusieurs voix critiques, ces fondements auraient été progressivement démantelés sous la gouvernance du président Azali Assoumani.

Celui qui s’apprête à célébrer en grande pompe cet anniversaire le 17 février à Mohéli est accusé d’avoir, les années précédentes, réprimé les tentatives citoyennes de commémoration de cet accord. Des manifestations auraient été dispersées, des figures politiques arrêtées, et des voix dissidentes réduites au silence.

Institutions affaiblies, autonomie vidée de sa substance

Les détracteurs du régime évoquent : la suppression du Conseil constitutionnel, la dissolution de la Commission nationale de lutte contre la corruption, l’affaiblissement du principe de rotation effective de la présidence, la transformation des présidents d’îles en gouverneurs sans réelle marge de manœuvre. Ces réformes, présentées officiellement comme des ajustements institutionnels, sont perçues par une partie de l’opinion comme un recentralisation autoritaire du pouvoir.

Plus grave encore, des accusations de dérive dynastique circulent. L’influence croissante du fils du président dans les sphères décisionnelles alimente les soupçons d’un glissement vers une personnalisation familiale du pouvoir.

Un climat politique sous tension

Les critiques évoquent un climat marqué par : des arrestations ciblées d’opposants, une judiciarisation controversée de figures politiques, des cas de détentions prolongées. Parmi les dossiers les plus emblématiques figure celui de l’ancien président Ahmed Abdallah Sambi, détenu depuis plusieurs années dans une affaire que ses partisans qualifient de politiquement motivée.

Certaines sources avancent également un bilan humain préoccupant, évoquant plusieurs dizaines de morts suspectes dans un contexte de tensions politiques accrues. Ces accusations restent cependant fortement contestées par les autorités.

Un risque d’instrumentalisation diplomatique

La participation de l’Union africaine et de l’Organisation internationale de la Francophonie aux cérémonies officielles pourrait être interprétée par l’opposition comme une caution internationale accordée au régime. Les observateurs s’interrogent : la présence des délégations africaines viendra-t-elle renforcer l’esprit de réconciliation ou sera-t-elle utilisée pour légitimer une évolution politique contestée ?

Une équation régionale sensible

L’archipel des Comores occupe une position stratégique dans l’océan Indien. Toute instabilité interne pourrait avoir des répercussions sur la région, notamment en matière de sécurité maritime, de flux migratoires et de coopération régionale.

Le 37ᵉ Sommet de l’Union africaine pourrait ainsi devenir bien plus qu’un rendez-vous diplomatique : un test de cohérence pour les principes défendus par l’organisation en matière de gouvernance démocratique, d’alternance et de respect des institutions.

Au-delà des discours officiels, une question demeure : peut-on célébrer l’esprit de Fomboni tout en étant accusé d’en avoir neutralisé les mécanismes essentiels ?

L’histoire récente des Comores montre que la stabilité institutionnelle repose sur un équilibre délicat. Toute perception de rupture pourrait rallumer des tensions que l’Accord de Fomboni avait précisément vocation à éteindre.

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