Saïd Larifou : « Les Comores réussiront si nous remettons la souveraineté, l’école, la justice, la dignité et le respect au centre »
Saïd Larifou : « Les Comores réussiront si nous remettons la souveraineté, l’école, la justice, la dignité et le respect au centre »
Figure engagée de la scène politique comorienne, Me Saïd Larifou plaide pour une refondation profonde de l’État et du modèle de développement de l’archipel. Avocat de formation, président du RIDJA-PACTEF et ancien candidat à l’élection présidentielle, l’homme politique défend une vision structurée d’un développement souverain, inclusif et mesurable pour les Comores. Dans un entretien exclusif accordé à Afrique Économie, il livre son diagnostic sans concession et trace les contours de son projet pour l’avenir du pays.
Un parcours façonné par le métissage et l’engagement
Père de famille, avocat et responsable politique, Saïd Larifou revendique un parcours personnel marqué par l’ouverture culturelle. Né à Madagascar, ayant grandi aux Comores puis poursuivi son adolescence à La Réunion, il dit avoir été profondément influencé par ce brassage humain et spirituel. « Je me définis comme un homme modéré et nuancé », confie-t-il, reliant cette posture à son vécu multiculturel. Au cœur de son engagement public : la justice sociale, la défense de l’intérêt général et la volonté de redonner toute sa place à la jeunesse et à la diaspora comoriennes.
Les Comores, un archipel aux atouts sous-exploités
Pour Me Larifou, les Comores restent largement méconnues sur la scène internationale malgré des potentialités réelles. Situé à la croisée de l’Afrique, du monde arabe et de l’espace swahili, l’archipel dispose selon lui d’une identité métissée unique et de ressources naturelles importantes.
Il met particulièrement en avant : une biodiversité remarquable ; des reliefs volcaniques attractifs ; un espace maritime stratégique ; un potentiel touristique encore insuffisamment valorisé. À ses yeux, la jeunesse et la diaspora constituent également des leviers majeurs de transformation économique.
Le déclic de l’engagement politique
Inscrit au barreau en France avant d’exercer aux Comores, Saïd Larifou explique que son entrée en politique s’est imposée face à ce qu’il décrit comme une attente populaire forte.
Selon lui, de nombreux compatriotes expriment une même aspiration : « un pays gouverné avec responsabilité, justice et vision ». Il dénonce au passage les dérives qu’il attribue au système actuel : improvisation, opacité et logiques de clans. « Je refuse que l’avenir de nos enfants soit compromis », martèle-t-il.
Six urgences pour redresser le pays
Interrogé sur les priorités nationales, le président du RIDJA-PACTEF identifie plusieurs chantiers qu’il juge incontournables : restaurer pleinement l’État de droit et mettre fin à l’arbitraire, lancer un véritable “Plan Marshall” pour la jeunesse, afin de créer des perspectives d’emploi, lnvestir massivement dans l’éducation et l’accès au savoir, renforcer la dignité sociale, notamment par l’amélioration des services de santé et des conditions des fonctionnaires, assainir le climat des affaires pour attirer les investisseurs grâce à la transparence et à la lutte contre la corruption, revaloriser la diaspora, considérée comme un pilier économique trop souvent marginalisé, déployer une diplomatie ambitieuse capable de nouer des partenariats stratégiques.
Une vision économique fondée sur la souveraineté
La feuille de route économique défendue par Me Larifou repose sur la diversification. Il cite notamment quatre secteurs prioritaires : le tourisme durable ; l’économie maritime ; l’agriculture modernisée ; le développement des PME locales. Son objectif est clair : créer suffisamment d’opportunités sur place pour que l’émigration ne soit plus perçue comme l’unique voie de réussite. « La diaspora doit investir par confiance, pas par devoir », insiste-t-il.
Jeunesse et diaspora, colonne vertébrale du pays
Pour l’avocat comorien, la transformation des Comores passe nécessairement par une meilleure mobilisation des forces vives nationales. La jeunesse représente, selon lui, l’énergie et la créativité indispensables au renouveau. Quant à la diaspora, il souhaite la voir évoluer d’un rôle de simple soutien financier vers celui de partenaire stratégique, capable d’apporter : investissements productifs ; transfert de compétences ; réseaux d’influence ; expertise technique.
Pour une gouvernance fondée sur la redevabilité
Saïd Larifou défend une doctrine de gouvernance articulée autour de trois piliers : vérité, exemplarité et redevabilité. Concrètement, il préconise : la publication systématique des contrats publics ; des appels d’offres transparents ; des audits réguliers ; la traçabilité des fonds publics ; le renforcement des acteurs de contrôle (justice, société civile, médias). Il appelle également la diaspora à se structurer pour peser davantage dans le débat public, notamment par le plaidoyer et la mobilisation civique non violente.
Redonner aux Comores une voix internationale
Sur le plan géopolitique, Me Larifou estime que les Comores peuvent retrouver une place respectée dans l’océan Indien et en Afrique à condition de consolider leurs institutions et leur crédibilité économique. La diaspora, ajoute-t-il, peut jouer un rôle clé dans cette diplomatie d’influence en contribuant à changer la narration internationale du pays.
« Refuser la fatalité »
En guise de conclusion, Saïd Larifou se veut résolument optimiste malgré les défis. « Mon engagement n’est pas une posture, c’est un refus — celui de la fatalité », affirme-t-il. Convaincu du potentiel de l’archipel, il lance un appel à la mobilisation collective autour de cinq piliers qu’il juge décisifs : la souveraineté, l’école, la justice, la dignité et le respect.
Pour lui, l’espérance comorienne existe déjà — dans la jeunesse, dans les femmes et dans la diaspora — et doit désormais se transformer en véritable projet national.



