Comores : le RIDJA-PACTEF lance le pari de 50 000 jeunes pour donner un nouveau moteur à la République des Régions
(Formation, insertion professionnelle, financement de projets et développement territorial : le Pacte national « 50 000 jeunes – 20 Régions » veut placer la jeunesse au cœur de la transformation économique des Comores)

Et si la jeunesse devenait le véritable moteur de la nouvelle architecture territoriale envisagée pour les Comores ? C’est l’ambition affichée par le RIDJA-PACTEF, qui propose l’ouverture d’une concertation autour d’un ambitieux Pacte national pour la formation, l’insertion et l’autonomie professionnelle de 50 000 jeunes Comoriens, articulé autour des 20 Régions du pays.
Intitulée « 50 000 jeunes – 20 Régions », cette contribution entend donner un contenu économique concret au projet de « République des Régions » porté par le mouvement. Son principe est simple : responsabiliser davantage les territoires tout en faisant de la jeunesse une force productive capable de créer de la valeur, des emplois et des revenus.
Le document, rendu public à Moroni le 30 août 2026, présente cette initiative comme une orientation et une méthode soumises à la concertation et à l’expertise. Le chiffrage définitif, le calendrier, les cohortes annuelles ainsi que les instruments financiers devront encore être déterminés après des études approfondies.
50 000 jeunes, un investissement à construire progressivement
Au cœur du Pacte figure l’accompagnement progressif de 50 000 jeunes. Le document avance une hypothèse de travail pouvant aller jusqu’à 20 000 euros par bénéficiaire, en fonction de la nature du projet.
Cette enveloppe théorique pourrait comprendre jusqu’à 4 000 euros pour la formation et la qualification, jusqu’à 15 000 euros pour l’installation, l’équipement ou le démarrage d’une activité, tandis que le solde serait consacré à l’accompagnement et à la sécurisation du parcours.
À son plafond théorique, l’accompagnement de 50 000 parcours représenterait ainsi une capacité d’investissement cumulée d’un milliard d’euros. Mais le RIDJA-PACTEF prend soin de préciser qu’il ne s’agit ni d’une dépense immédiate, ni d’une promesse de versement uniforme aux bénéficiaires. Le dispositif serait déployé progressivement, par cohortes et sur plusieurs années, après études de faisabilité et programmation budgétaire.
Cette précision est importante : le Pacte se présente moins comme un mécanisme de distribution que comme un outil d’investissement dans le capital humain.
De l’assistance à l’investissement productif
Pour le RIDJA-PACTEF, le chômage ou la sous-utilisation des compétences des jeunes représentent un coût économique et social considérable. Diplômés, jeunes qualifiés ou nouveaux arrivants sur le marché du travail peuvent se retrouver sans perspectives suffisantes d’insertion, avec pour conséquences potentielles la précarité, l’émigration, la perte de compétences et l’affaiblissement de la base fiscale.
Le Pacte entend donc rompre avec une logique d’assistance ponctuelle. « Une jeunesse formée, accompagnée et productive crée des entreprises, des emplois, des revenus et des recettes publiques », défend le document.
L’objectif affiché est ainsi de transformer le financement de la jeunesse en levier de développement économique. Chaque bénéficiaire ne serait pas seulement considéré comme un demandeur d’aide, mais comme un potentiel entrepreneur, producteur, professionnel ou créateur de valeur dans son territoire.
Un Fonds national pour faire tourner la machine
Pour assurer la pérennité du dispositif, le RIDJA-PACTEF propose la création d’un Fonds national d’investissement pour la jeunesse et le développement des Régions.
Ce Fonds aurait vocation à mobiliser plusieurs sources de financement : l’État, les partenaires au développement, les institutions financières, le secteur privé, les investisseurs ainsi que la diaspora comorienne.
Autre particularité du modèle proposé : la partie destinée à l’installation professionnelle serait principalement remboursable, avec des différés et des échéances adaptés aux revenus effectivement générés par les activités financées.
Les remboursements seraient ensuite réinjectés dans le Fonds afin de permettre l’accompagnement de nouveaux bénéficiaires. Le mécanisme ambitionne ainsi de transformer progressivement le capital initial en fonds renouvelable, capable de financer plusieurs générations de jeunes.
Le document préconise toutefois des simulations indépendantes pour mesurer les risques : taux de réussite des projets, défauts de remboursement, coûts de gestion, périodes de différé, recettes fiscales supplémentaires et effets multiplicateurs sur l’économie.
Financer ce dont les Comores ont réellement besoin
Le Pacte ne propose pas un financement indifférencié de toutes les activités. L’idée défendue est de concentrer les investissements sur des secteurs jugés stratégiques pour l’économie comorienne.
Parmi les filières citées figurent notamment l’agriculture et l’élevage, la pêche et l’économie maritime, la transformation agroalimentaire, l’eau et l’assainissement, les énergies renouvelables, le bâtiment et la maintenance, le numérique, la santé, le tourisme et l’artisanat productif. L’ambition est double : permettre aux jeunes de créer leur propre activité tout en répondant aux besoins structurels du pays.
Le Pacte accorde notamment une attention particulière aux activités susceptibles de réduire certaines importations, transformer localement les ressources disponibles, répondre aux besoins essentiels et, lorsque cela est possible, développer de nouvelles capacités d’exportation. Autrement dit, le financement de la jeunesse devrait être directement connecté aux priorités économiques nationales.
20 Régions pour rapprocher la décision des territoires
L’autre pilier de la proposition est institutionnel. Le RIDJA-PACTEF défend la reconnaissance constitutionnelle de 20 Régions, chacune devant disposer d’un exécutif régional élu au suffrage universel direct, tout en maintenant l’unité de la République et les compétences régaliennes de l’État.
Selon le document, cette régionalisation ne viserait pas à créer une administration supplémentaire, mais à rapprocher la décision des citoyens et à donner aux territoires davantage de responsabilités dans l’identification, la programmation et la valorisation de leurs potentialités.
Dans cette architecture, chaque Région aurait vocation à élaborer son propre Plan régional de développement économique, d’emploi et d’insertion de la jeunesse, en cohérence avec la stratégie nationale.
La logique institutionnelle proposée repose donc sur une répartition claire : l’État fixe le cap et garantit l’équité ; les Régions organisent le développement de leurs territoires ; la jeunesse devient l’une des principales forces productives du pays.
La transparence, condition de crédibilité
Conscient qu’un mécanisme financier d’une telle ampleur pourrait susciter des convoitises, le RIDJA-PACTEF fait de la gouvernance l’un des points centraux de son projet.
Le Fonds devrait disposer d’une autonomie de gestion encadrée par la loi, de critères publics d’éligibilité et de sélection, d’appels à candidatures transparents et d’une traçabilité complète des financements.
Le mouvement propose également une gouvernance associant représentants de l’État et des Régions, mais aussi des compétences indépendantes issues des milieux économique, financier, universitaire et professionnel, ainsi que de la diaspora.
L’objectif affiché est de protéger le Pacte contre l’intervention partisane, familiale ou clientéliste. Des audits externes réguliers, la publication annuelle des comptes, des bénéficiaires et des résultats par Région ainsi que des mécanismes de contrôle et de recours sont également envisagés.
Un projet encore à expertiser, mais une vision déjà clairement dessinée
Le « Pacte 50 000 jeunes – 20 Régions » n’est donc pas présenté comme un dispositif définitivement arrêté. Le RIDJA-PACTEF appelle au contraire les jeunes, économistes, universitaires, entrepreneurs, organisations professionnelles, collectivités, membres de la diaspora et partenaires des Comores à participer à sa consolidation.
Le financement définitif, le calendrier de mise en œuvre, les cohortes annuelles et les mécanismes de remboursement restent à définir.
Mais au-delà des chiffres, le document pose une question de fond : comment faire de la réforme territoriale un véritable instrument de transformation économique ?
Pour le RIDJA-PACTEF, la réponse passe par un double pari : donner davantage de responsabilités aux territoires et investir massivement dans celles et ceux appelés à les faire vivre.
Le slogan du Pacte résume cette philosophie : « 50 000 jeunes – 20 Régions – Une Nation en mouvement ». Une ambition qui veut placer la production, l’emploi, la responsabilisation territoriale et l’autonomie professionnelle au cœur d’une nouvelle trajectoire pour les Comores.
Reste désormais le plus difficile : transformer cette vision en mécanisme financièrement soutenable, juridiquement sécurisé, économiquement performant et suffisamment transparent pour garantir à chaque jeune, quelle que soit sa Région, une chance équitable d’en bénéficier.
Car pour le RIDJA-PACTEF, l’enjeu dépasse finalement les seuls 50 000 bénéficiaires ciblés. Il s’agit de savoir si les Comores peuvent faire de leur jeunesse non plus seulement une population à accompagner, mais le moteur d’une nouvelle économie territoriale.




