Non classé

Crise politique à Madagascar : Alain Tehindrazanarivelo appelle la SADC à écouter le peuple

Alors que Madagascar traverse une nouvelle période de turbulences politiques, l’ancien Premier ministre et diplomate Alain Tehindrazanarivelo interpelle la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) sur la nature de la réponse à apporter à la crise. Dans une tribune publiée le 14 août 2026, il plaide pour une véritable concertation nationale, estimant qu’une simple entente entre responsables politiques ne saurait répondre aux aspirations profondes exprimées par la population.

La venue d’une délégation de la SADC à Madagascar est, selon Alain Tehindrazanarivelo, une démarche qui doit être accueillie avec respect et ouverture. L’ancien Premier ministre, qui a également exercé les fonctions d’ambassadeur et de représentant permanent auprès de l’Union africaine, reconnaît pleinement le rôle de l’organisation régionale dans la recherche de la stabilité politique et du retour à une vie institutionnelle démocratique et apaisée.

Mais il appelle ses partenaires africains à faire preuve de franchise et surtout d’écoute. Pour lui, la crise malgache ne peut être comprise uniquement à travers le prisme d’un affrontement entre formations politiques ou d’une rupture de l’ordre constitutionnel. Son origine serait beaucoup plus profonde et trouverait ses racines dans une défiance croissante d’une partie de la population envers le système de gouvernance.

Une crise née de la rue

Dans son analyse, Alain Tehindrazanarivelo revient sur les événements de 2025. Il estime que la crise n’est pas née d’un traditionnel duel entre un pouvoir en place et une opposition désireuse de prendre sa place. Elle serait d’abord partie de la rue, portée notamment par une jeunesse confrontée à des difficultés quotidiennes et de plus en plus critique à l’égard de la gouvernance du pays.

La mobilisation populaire, rappelle-t-il, a été suivie d’une réponse répressive avant qu’une partie des forces armées ne refuse de poursuivre la confrontation avec la population. Le départ du chef de l’État du territoire est ensuite venu précipiter la rupture politique.

Sans prétendre trancher la qualification juridique des événements, l’ancien diplomate considère qu’une réalité politique demeure : la crise a révélé une profonde fracture entre une partie de la société malgache et le système de pouvoir.

Dès lors, il pose une question centrale : « Un dialogue entre qui et qui ? »

Pour lui, limiter les discussions aux anciens dirigeants, aux nouvelles autorités, aux partis politiques ou aux différentes composantes de la classe politique reviendrait à passer à côté de l’un des principaux enseignements de la crise : le peuple malgache est désormais un acteur incontournable de la recherche d’une solution.

Tirer les leçons des crises de 1991, 2002 et 2009

Alain Tehindrazanarivelo invite également Madagascar à ne pas reproduire les schémas des crises précédentes. Il cite notamment les épisodes de 1991, 2002 et 2009, qui ont successivement conduit à des négociations politiques, des compromis et différentes formes de transition.

Si ces arrangements ont permis, à certains moments, de mettre fin aux confrontations, ils n’auraient pas suffisamment traité les causes structurelles des crises. Pour l’ancien Premier ministre, Madagascar s’est trop souvent contenté de réconcilier les responsables politiques sans parvenir à rétablir une véritable confiance entre les citoyens et les institutions. « Nous avons changé les hommes sans suffisamment changer les pratiques », soutient-il en substance, appelant à une remise en question plus profonde du fonctionnement politique et institutionnel du pays.

À ses yeux, la sortie de crise ne doit donc pas être réduite à l’organisation rapide de nouvelles élections ou à la conclusion d’un compromis entre les différentes élites politiques. Elle doit également permettre de restaurer la confiance dans les institutions et de revoir les règles qui ont contribué à l’apparition des crises successives.

De la négociation politique à la concertation nationale

C’est dans cette perspective que l’ancien diplomate propose de substituer à un simple « dialogue politique » une véritable concertation nationale.

La nuance est importante. Un dialogue politique vise généralement à rapprocher des acteurs qui se disputent le pouvoir. Une concertation nationale, elle, devrait permettre de réfléchir collectivement au modèle de gouvernance que les Malgaches souhaitent pour leur pays.

Les partis politiques auraient naturellement leur place dans ce processus. Mais ils ne devraient pas en être les seuls participants.

Alain Tehindrazanarivelo souhaite voir autour de la table les jeunes, les femmes, la société civile, les organisations professionnelles, les paysans, les travailleurs, les entrepreneurs, les universitaires, les Églises, les collectivités territoriales, les différentes régions ainsi que la diaspora.

L’enjeu ne serait donc plus seulement de déterminer qui gouvernera Madagascar, mais de répondre à une interrogation plus fondamentale : comment le pays doit-il être gouverné ?

La SADC et l’Union africaine appelées à accompagner, pas à imposer

Dans cette démarche, l’ancien Premier ministre ne remet pas en cause le rôle de la SADC ni celui de l’Union africaine. Au contraire, il estime que les deux organisations régionales et continentales peuvent contribuer de manière significative à la stabilisation du pays.

Mais leur rôle devrait, selon lui, être davantage celui de garants et d’accompagnateurs que de prescripteurs d’une solution élaborée en dehors de Madagascar.

Il souhaite notamment que les partenaires africains contribuent à garantir l’inclusivité du processus, empêchent sa confiscation par une force politique, militaire ou économique, favorisent la confiance entre les différents acteurs et accompagnent la mise en œuvre des décisions issues de la concertation. Le contenu de cette refondation, insiste-t-il, doit toutefois rester de la responsabilité des Malgaches.

Pas question de légitimer durablement un pouvoir militaire

L’ancien Premier ministre prend soin de clarifier sa position sur la question militaire. Pour lui, considérer que la crise de 2025 ne peut être réduite à un simple changement anticonstitutionnel de gouvernement ne signifie nullement accepter l’installation durable des militaires au pouvoir. Une telle évolution, estime-t-il, serait même contraire aux aspirations exprimées par les populations mobilisées.

La transition doit ainsi déboucher sur le retour à des institutions civiles, démocratiques et pleinement légitimes. Mais ce retour à l’ordre institutionnel ne devrait pas, selon lui, signifier un simple retour au système qui prévalait avant la crise. « Il faut réformer avant de recommencer », défend l’ancien diplomate, qui considère que des élections organisées sans modification des pratiques et des règles ayant contribué aux précédentes crises risqueraient de reproduire les mêmes causes et, à terme, les mêmes effets. « Réconcilier les politiciens » ou réconcilier les Malgaches avec leur démocratie ?

C’est finalement autour de cette interrogation que s’articule la tribune d’Alain Tehindrazanarivelo. L’ancien Premier ministre interpelle directement les partenaires régionaux : doivent-ils simplement contribuer à réconcilier les acteurs politiques malgaches ou aider le peuple malgache à se réconcilier avec sa démocratie ?

Pour lui, un compromis entre quelques dirigeants peut certes ramener temporairement le calme. Mais seule une véritable concertation nationale pourrait permettre de construire une stabilité durable et de poser les bases d’un nouveau contrat national.

Après les crises de 1991, 2002, 2009 et 2025, Madagascar serait ainsi face à un choix historique : continuer à considérer chaque crise comme un épisode isolé ou reconnaître qu’elles révèlent des dysfonctionnements plus profonds du système politique.

« Personne ne peut refonder Madagascar à la place des Malgaches »

Dans son plaidoyer, Alain Tehindrazanarivelo adresse finalement un message clair à la SADC, à l’Union africaine et à l’ensemble de la communauté internationale : leur soutien est nécessaire, mais la refondation politique du pays ne peut être imposée de l’extérieur.

Il appelle donc à écouter la jeunesse, la société civile, les régions et toutes les composantes de la société malgache souvent éloignées des cercles du pouvoir. Pour l’ancien Premier ministre, cette écoute doit désormais prendre une forme concrète : la concertation nationale.

Une démarche qui, à ses yeux, permettrait de dépasser les arrangements politiques ponctuels pour s’attaquer aux causes profondes de l’instabilité et offrir à Madagascar la possibilité de construire une démocratie plus inclusive, plus crédible et davantage en phase avec les attentes de sa population.

« Personne ne peut refonder Madagascar à la place des Malagasy », résume-t-il, faisant de la participation populaire la clé de voûte de sa proposition pour une sortie durable de la crise.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page