Comores : Maître Saïd Larifou dénonce une « imposture dynastique » et interpelle l’Union africaine

À l’occasion du 25ᵉ anniversaire de l’Accord de Fomboni, célébré à Addis-Abeba en marge du sommet de l’Union africaine, une vive controverse s’est invitée dans les débats. Alors que le président comorien, le colonel Azali Assoumani, a mis en avant la « stabilité » et la « paix » retrouvées dans l’archipel, l’opposant politique Maître Saïd Larifou a publié un communiqué au ton incisif, dénonçant une « contre-vérité historique » et appelant la communauté internationale à « ne pas cautionner une dérive dynastique ».
L’Accord de Fomboni au cœur des tensions
Signé en 2001, l’Accord de Fomboni visait à mettre un terme aux crises séparatistes qui ont secoué l’Union des Comores, notamment à Anjouan, et à instaurer un système de présidence tournante entre les îles afin de préserver l’équilibre institutionnel.
Mais pour Maître Saïd Larifou, ancien candidat à la magistrature suprême et président du RIDJA-PACTEF, le pouvoir en place aurait progressivement vidé cet accord de sa substance. Dans une note adressée aux chefs d’État africains réunis à Addis-Abeba, il évoque « une paix des cimetières » et accuse le régime d’avoir méthodiquement affaibli les contre-pouvoirs institutionnels.
Accusations de dérive autoritaire
Dans son communiqué, l’opposant dresse un tableau sombre de la situation politique aux Comores. Il parle d’arrestations arbitraires, d’exils forcés de leaders politiques et de détentions prolongées de figures de l’opposition, dont l’ancien président Ahmed Abdallah Sambi.
Selon lui, la « stabilité » revendiquée par le chef de l’État masquerait une gouvernance fondée sur la peur, la neutralisation des voix dissidentes et une justice instrumentalisée à des fins politiques. Il dénonce également la suppression ou l’affaiblissement d’institutions clés telles que le Conseil constitutionnel et la Commission nationale de lutte contre la corruption, qu’il considère comme des piliers essentiels de l’État de droit.
La question sensible de la présidence tournante
Au cœur des griefs figure la réforme constitutionnelle ayant modifié le principe de la présidence tournante entre les îles. Pour l’opposition, cette réforme aurait consolidé le pouvoir central au détriment de l’autonomie insulaire, en particulier celle d’Anjouan, ravivant des tensions identitaires et politiques latentes.
Maître Larifou estime que cette évolution constitue une remise en cause de l’esprit même de l’Accord de Fomboni et un facteur potentiel d’instabilité dans la région du canal du Mozambique.
Soupçons de népotisme et « privatisation » de l’État
Le communiqué va plus loin en évoquant l’émergence d’une « dynastie familiale ». Il pointe du doigt le rôle croissant attribué à Nour El Fath Azali, fils du président et secrétaire général du gouvernement, présenté par l’opposant comme exerçant des prérogatives dépassant son mandat officiel.
L’opposition accuse également des proches du chef de l’État d’occuper des postes stratégiques au sein des institutions sécuritaires et économiques, alimentant les critiques sur un possible népotisme au sommet de l’État.
Interpellation de l’Union africaine et de l’OIF
Dans son adresse aux dirigeants africains et à l’Organisation internationale de la Francophonie, Maître Saïd Larifou met en garde contre ce qu’il qualifie de « caution internationale » à un « coup d’État institutionnel ». Il estime que la participation d’organisations régionales aux célébrations officielles pourrait être perçue comme un blanc-seing accordé au régime en place. L’opposant appelle ainsi à la libération des prisonniers politiques, au rétablissement des institutions démocratiques et à la fin du népotisme qu’il dénonce.
Alors que les autorités comoriennes défendent un bilan axé sur la stabilité institutionnelle et la consolidation de l’unité nationale, cette sortie médiatique illustre la profondeur des fractures politiques dans l’archipel. À l’heure où l’Union africaine promeut la gouvernance démocratique et la prévention des crises, le dossier comorien pourrait bien s’imposer comme un nouveau test de cohérence pour les instances régionales.


