Ligue de football professionnel du Bénin : les premiers signaux d’un bateau qui prend l’eau

Élue le 27 juin 2026 et installée le 6 juillet suivant, la Ligue de football professionnel du Bénin (LFPB) avait une mission claire : organiser, lancer et faire vivre le championnat national professionnel, avec tout ce que cela implique de rigueur, de transparence et d’autorité. Quelques mois plus tard, l’institution semble déjà traverser une zone de turbulence. Le travail a certes commencé. Le championnat professionnel a été lancé et les rouages administratifs se mettent progressivement en place. Mais derrière cette mise en route, des signaux inquiétants apparaissent : des tensions internes, des décisions qui peinent à être appliquées et surtout un rapport ambigu aux textes que la Ligue elle-même a adoptés.
Une maison divisée
En coulisses, la mésentente ne serait plus un secret. Selon des sources bien introduites, plusieurs courants se dessinent au sein de l’instance. Certains membres préféreraient assumer ouvertement leurs positions lors des discussions en plénière. D’autres choisiraient une tout autre méthode : le sous-marinage.
Plutôt que de s’exprimer devant tous, certains feraient passer leurs avis en privé auprès du président. Une pratique qui affaiblit le débat collectif et vide peu à peu les instances de leur sens. Car une ligue ne peut pas fonctionner lorsque les décisions se prennent dans les couloirs et se discutent dans les bureaux, loin du regard des autres membres.
Plus révélateur encore : un membre aurait choisi le silence total depuis près de deux mois, quel que soit le sujet abordé. Ce silence en dit long. Il traduit soit un désaccord profond, soit une lassitude face à un fonctionnement qui ne permet plus à chacun de se sentir réellement écouté.
Le poisson pourrit par la tête
Le respect des textes constitue l’autre point noir. Et ici, le dossier de Dadjè FC n’est qu’un symptôme parmi d’autres. Car au-delà des craintes que soulève ce dossier, une question plus fondamentale se pose : celle de l’exemplarité de la direction.
Le président de la LFPB, Joël Debally, est également représentant légal d’une société sportive qui gère le Coton FC, club professionnel. Or, l’article 44 du règlement de la Ligue interdit cette double casquette. En occupant ces deux fonctions, le président évolue donc dans une situation d’incompatibilité avec les textes qu’il est censé faire respecter.
Les mêmes textes lui laissent un délai de 30 jours pour se dégager de ses responsabilités au sein du club. Ce délai semble aujourd’hui dépassé. Et selon nos recoupements, rien n’indique officiellement que cette séparation soit effective. Le président continuerait même d’intervenir dans certaines affaires du Coton FC.
Difficile, dans ces conditions, d’exiger des clubs une discipline exemplaire lorsque celui qui conduit la Ligue ne semble pas lui-même aligné sur les règles qu’il défend.
Un règlement appliqué à géométrie variable
Cette laxité se prolonge jusque dans le championnat. Le règlement validé impose pourtant des exigences précises aux clubs souhaitant évoluer en Celtiis Ligue Pro. En Ligue 1, les entraîneurs béninois doivent détenir au minimum une Licence B CAF, tandis que les techniciens étrangers doivent justifier d’une Licence A CAF. En Ligue 2, le seuil est fixé à une Licence C CAF pour les Béninois et une Licence B CAF pour les étrangers. Ces diplômes doivent être vérifiés par la Direction Technique Nationale de la FBF avant validation.
Sur le terrain des faits, le constat est amer : aucun contrôle sérieux ne semble avoir été effectué. Personne n’est inquiété. Certains clubs auraient coché cette case avec facilité, tandis que d’autres exerceraient en toute tranquillité, sans diplôme conforme aux exigences du règlement. Deux poids, deux mesures. Et lorsque la règle n’est pas appliquée de manière uniforme, elle perd sa force. Elle devient une simple ligne dans un document, sans conséquence réelle pour ceux qui choisissent de l’ignorer.
Une question qui reste entière
Si des mesures spéciales ont été prises parce que certains clubs avaient déjà engagé des techniciens sans tenir compte des exigences, la Ligue se doit au minimum d’expliquer clairement ces dérogations. Le silence, dans ce genre de situation, nourrit le doute et alimente les soupçons de favoritisme.
Tel on fait son lit, on se couche, dit l’adage. La Ligue de football professionnel du Bénin est aujourd’hui comme un avion pris dans une zone de turbulence, avec un équipage divisé, des consignes qui ne sont plus respectées et un pilote qui peine à se mettre lui-même au pas.
À quelques mois seulement de sa prise de fonction, l’institution affiche déjà des dysfonctionnements précoces. La question que beaucoup se posent désormais est simple : si les fondations vacillent déjà, quel bilan pourra-t-on attendre demain ? La réponse reste, pour l’instant, entière.




