Xénophobie en Afrique : l’IDIA-BG appelle les dirigeants africains à sauver l’idéal de fraternité continentale

Face à la montée des actes de rejet, de stigmatisation et de violences visant des ressortissants africains dans d’autres pays du continent, l’Institut du Droit international africain et de la Bonne Gouvernance (IDIA-BG) interpelle les chefs d’État et de gouvernement. Dans une lettre ouverte rendue publique le 9 septembre 2026 à Antananarivo, son président fondateur, Maître Saïd Larifou, appelle à une réponse africaine urgente, fondée sur la dignité humaine, la justice et les engagements en faveur de l’intégration continentale.
L’Afrique peut-elle réellement parler d’unité, de libre circulation et d’intégration tout en laissant certains de ses propres citoyens devenir des étrangers indésirables sur le continent ? C’est toute la contradiction que met en lumière l’Institut du Droit international africain et de la Bonne Gouvernance (IDIA-BG).
Dans une lettre ouverte adressée aux chefs d’État et de gouvernement africains, l’organisation tire la sonnette d’alarme face à ce qu’elle présente comme une montée préoccupante de la xénophobie intra-africaine. Pour l’IDIA-BG, les humiliations, les discriminations, les violences, les exclusions et certaines restrictions visant les ressortissants d’autres pays africains constituent désormais une question politique, juridique et morale qui ne peut plus être reléguée au second plan.
Entre souveraineté des États et respect de la dignité humaine
L’Institut ne remet pas en cause le droit des États à contrôler leurs frontières, à réglementer l’entrée et le séjour des étrangers ou encore à protéger leur marché de l’emploi. Mais cette souveraineté, souligne-t-il, ne saurait servir de justification à des pratiques attentatoires aux droits fondamentaux.
La régulation des migrations doit, selon l’IDIA-BG, rester légale, proportionnée et transparente, tout en respectant la dignité humaine. Les expulsions collectives, les amalgames, les violences, les discriminations liées à la nationalité ou encore le déni de recours ne peuvent être considérés comme des instruments légitimes de politique migratoire.
Derrière les statistiques migratoires, l’Institut invite surtout les décideurs à ne pas oublier la dimension humaine du phénomène. Les migrants africains sont des femmes et des hommes qui quittent souvent leur pays sous la pression de difficultés économiques, de conflits, de persécutions, de la recherche d’un emploi ou d’une meilleure éducation. Certains fuient également les conséquences des dérèglements climatiques.
Pour beaucoup, partir représente moins un choix qu’une tentative de survie et de reconstruction. Une fois à l’étranger, ces personnes se retrouvent cependant parmi les catégories les plus vulnérables : exploitation, violences, détention, refoulements, discours de haine et précarité peuvent jalonner leur parcours.
Quand l’Africain devient étranger parmi les siens
Le paradoxe dénoncé par l’IDIA-BG est d’autant plus saisissant que l’Afrique porte depuis plusieurs décennies un projet politique d’intégration régionale et continentale.
Alors que le continent cherche à renforcer les échanges entre ses peuples, à faciliter la mobilité et à construire un marché continental commun, certains ressortissants africains rencontrent encore des obstacles importants pour travailler, commercer, étudier ou simplement vivre dignement dans un autre pays africain.
L’Institut met également en garde contre le risque de voir l’Afrique devenir, dans le cadre de certaines politiques migratoires internationales, une sorte d’espace de tri, de rétention ou de relégation pour des personnes que d’autres régions du monde ne souhaitent pas accueillir.
Pour l’IDIA-BG, le continent ne doit être « ni la frontière externalisée d’un autre continent ni un espace où l’Africain devient étranger parmi les siens ». Les accords migratoires conclus avec des partenaires extérieurs devraient ainsi être transparents, soumis au contrôle des institutions nationales et régionales et évalués au regard de leurs conséquences sur les droits fondamentaux.
Les engagements africains mis à l’épreuve
L’organisation rappelle que la lutte contre les discriminations et la protection de la dignité humaine ne sont pas de simples déclarations de principe. Elles s’inscrivent dans plusieurs engagements continentaux.
La Charte africaine des droits de l’homme et des peuples consacre notamment la non-discrimination, la dignité et la liberté de circulation. Le Protocole de 2018 relatif à la libre circulation, au droit de résidence et au droit d’établissement constitue également une étape majeure dans la construction d’un espace africain plus intégré. À cela s’ajoute l’Agenda 2063 de l’Union africaine, qui porte l’ambition d’une Afrique intégrée et conduite par ses citoyens.
Pour l’IDIA-BG, ces engagements ne peuvent cependant avoir une portée réelle que s’ils se traduisent dans la vie quotidienne des populations. La souveraineté des États et la dignité des personnes ne doivent pas être considérées comme deux principes contradictoires. Au contraire, les politiques publiques doivent permettre de concilier contrôle des migrations, protection de l’emploi local, lutte contre les réseaux criminels et respect des droits humains.
Sept pistes pour une réponse continentale
Face à cette situation, l’IDIA-BG formule une série de propositions à l’endroit des dirigeants africains, de l’Union africaine, des communautés économiques régionales, des parlements, des juridictions, des barreaux, de la société civile et des médias.
L’organisation appelle notamment à instaurer un moratoire sur les mesures générales discriminatoires visant les ressortissants d’autres États africains et à soumettre les restrictions existantes à un contrôle de légalité et de proportionnalité.
Elle préconise également la création d’un mécanisme africain d’alerte, de documentation et de réponse rapide face aux violences xénophobes, avec des points focaux aux niveaux national et régional.
L’accès à la justice, à l’assistance juridique, à l’interprétariat, aux soins et à la protection consulaire devrait par ailleurs être garanti aux migrants, y compris à ceux qui se trouvent en situation irrégulière.
L’Institut plaide aussi pour l’accélération de la ratification et de la mise en œuvre du Protocole africain sur la libre circulation, ainsi que pour la création d’un cadre continental destiné à mieux protéger les travailleurs migrants, les petits commerçants et les étudiants africains.
Enfin, l’IDIA-BG souhaite davantage de transparence autour des accords migratoires conclus avec des partenaires extérieurs et appelle au lancement d’une campagne panafricaine d’éducation et de responsabilité publique contre la xénophobie, impliquant notamment les jeunes, les collectivités, les médias et les leaders communautaires.
« Organiser la solidarité au lieu d’administrer l’abandon »
Au-delà des mesures institutionnelles proposées, la lettre de l’IDIA-BG se veut un appel à un changement de regard sur la migration africaine.
Protéger un Africain sur le territoire d’un autre État africain ne signifie pas, selon l’Institut, supprimer les frontières ou ignorer les difficultés économiques des pays d’accueil. Il s’agit plutôt de faire en sorte que la nationalité, la pauvreté ou l’exil ne deviennent jamais des motifs d’humiliation et de violence. L’enjeu dépasse donc la seule question migratoire. Il touche directement à la crédibilité du projet d’intégration africaine.
Pour Maître Saïd Larifou, président fondateur de l’IDIA-BG, l’unité africaine ne doit pas seulement se mesurer aux sommets internationaux, aux traités signés ou aux discours officiels. Elle doit aussi se juger à la manière dont chaque État traite l’Africain vulnérable présent sur son territoire.
Le message de l’IDIA-BG est ainsi sans ambiguïté : l’Afrique ne peut prétendre construire son unité en rejetant les Africains. La réponse à la xénophobie intra-africaine doit désormais être collective, juridique, politique et surtout humaine.
La lettre ouverte a été signée à Antananarivo, à Madagascar, le 9 septembre 2026, par Maître Saïd Larifou, président fondateur de l’Institut du Droit international africain et de la Bonne Gouvernance.




