Le Gouvernement de transition saisit la CPI, l’ONU et l’Union africaine
Crise autour des Chagos

La question de la souveraineté de l’archipel des Chagos connaît un nouveau rebondissement diplomatique et judiciaire. Dans une série de correspondances officielles datées du 22 février 2026, le Gouvernement de transition de la République de l’Archipel des Chagos, dirigé par Mme Dominique Soopin, a saisi successivement la Cour pénale internationale (CPI), le Secrétaire général des Nations Unies et la Commission de l’Union africaine.
Au cœur de cette offensive diplomatique : la dénonciation de menaces de « déplacements forcés » visant des populations chagossiennes récemment réinstallées sur leurs terres ancestrales, et l’opposition à toute « colonisation par substitution ».
Une saisine de la CPI pour « crimes contre l’humanité
Dans une lettre adressée au Bureau du Procureur de la Cour pénale internationale à La Haye, le Gouvernement de transition invoque l’article 15 du Statut de Rome. Il estime que les manœuvres actuelles pourraient constituer un crime contre l’humanité, au sens de l’article 7-1-d, relatif au transfert forcé de population.
Selon Mme Dominique Soopin, les déportations massives opérées entre 1965 et 1973 par l’administration britannique n’ont jamais fait l’objet d’une réparation intégrale ni garanti un retour sécurisé. Elle affirme que de nouvelles tentatives d’expulsion seraient en cours, avec l’appui ou la participation d’autorités étatiques.
Le Gouvernement de transition sollicite ainsi l’ouverture d’un examen préliminaire afin d’évaluer d’éventuelles responsabilités pénales individuelles. Il se dit prêt à transmettre documents, preuves et témoignages au Bureau du Procureur.
L’ONU interpellée sur le processus de décolonisation
Dans une seconde correspondance adressée au Secrétaire général des Nations Unies et au Comité spécial de la décolonisation (C-24), les autorités chagossiennes dénoncent ce qu’elles qualifient de « détournement de souveraineté ».
Le courrier met directement en cause la République de Maurice, accusée de vouloir exercer une souveraineté sur l’archipel sur la base d’un acte administratif colonial britannique « sans fondement historique ni populaire ».
Pour le Gouvernement de transition, la décolonisation ne saurait se traduire par le passage d’une tutelle britannique à une autre administration sans consultation du peuple concerné. Il réclame un gel de tout transfert de souveraineté qui ne placerait pas le peuple chagossien au centre du processus décisionnel.
La position de l’ONU sur les Chagos s’appuie notamment sur l’avis consultatif rendu en 2019 par la Cour internationale de Justice, qui avait estimé que la décolonisation de Maurice n’avait pas été menée conformément au droit international et que le Royaume-Uni devait mettre fin à son administration de l’archipel.
Appel à la solidarité panafricaine
Troisième étape de cette offensive diplomatique : un mémorandum d’urgence transmis au Président de la Commission de l’Union africaine. Le Gouvernement de transition appelle l’organisation continentale à : reconnaître le peuple chagossien comme seul souverain légitime de l’archipel ; dénoncer toute tentative d’expulsion forcée comme contraire à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples ; soutenir un cadre de transition dirigé par les Chagossiens eux-mêmes. Dans une lettre complémentaire signée par Me Said Larifou, conseil du Gouvernement de transition et soutenu par une coalition de forces politiques africaines, il est affirmé qu’un transfert de souveraineté de Londres vers Port-Louis sans référendum constituerait « une colonisation intra-africaine ».
Un contentieux historique toujours sensible
Situé dans l’océan Indien, l’archipel des Chagos — dont l’île de Diego Garcia, qui abrite une base militaire stratégique — demeure au centre d’un contentieux opposant le Royaume-Uni et la Maurice. Entre 1965 et 1973, les habitants chagossiens furent déplacés vers Maurice et les Seychelles lors de la création du Territoire britannique de l’océan Indien. Depuis, la question du droit au retour, de la réparation et de l’autodétermination demeure l’un des dossiers les plus emblématiques des héritages coloniaux non résolus.
L’Assemblée générale des Nations Unies s’est à plusieurs reprises prononcée en faveur de la restitution de l’archipel à Maurice, mais la situation juridique et politique reste complexe, notamment au regard des intérêts stratégiques en jeu.
Une bataille juridique et politique à plusieurs fronts
En saisissant simultanément la CPI, l’ONU et l’Union africaine, le Gouvernement de transition entend internationaliser davantage le dossier et replacer la question chagossienne au cœur du débat sur l’autodétermination des peuples.
Reste à savoir si ces démarches déboucheront sur des suites concrètes, notamment sur l’ouverture d’un examen par le Bureau du Procureur de la CPI ou sur une médiation politique sous l’égide des Nations Unies ou de l’Union africaine.
Au-delà des considérations diplomatiques, c’est la reconnaissance d’un peuple, son droit au retour et la définition même de la décolonisation au XXIᵉ siècle qui se trouvent désormais au centre du débat international.


