Élection à la FBF : deux courants divisent le football béninois à l’approche du scrutin

À quelques semaines de l’Assemblée générale élective de la Fédération béninoise de football (FBF), prévue le 22 août, la bataille pour la succession de Mathurin De Chacus s’intensifie. Derrière les tractations et les prises de position se dessinent deux principaux courants qui alimentent les débats au sein du football national. Une situation qui suscite autant d’interrogations que de préoccupations chez de nombreux acteurs du monde sportif.
Après huit années de gouvernance de Mathurin De Chacus, l’heure du choix du prochain président de la Fédération béninoise de football approche. Si cette échéance devait marquer une nouvelle étape dans la vie de l’institution, elle met également en lumière des fractures internes et des rivalités qui étaient jusque-là peu visibles.
Au fil des semaines, les discussions se sont intensifiées autour des profils susceptibles de briguer la présidence de la FBF. Plusieurs observateurs distinguent aujourd’hui deux grandes tendances qui cherchent à influencer l’issue du scrutin.
Le cercle vicieux d’anciens dirigeants
Le premier courant est constitué d’anciens responsables de la Fédération et de personnalités qui ont occupé des fonctions dirigeantes durant les périodes les plus difficiles du football béninois. À première vue, on est tenté de leur donner le bon Dieu sans confession. Ce que d’aucuns appelait « l’école de la médiocrité », ou pour reprendre l’expression du président Patrice Talon, « Les nostalgiques d’un passé honteux » étaient à l’origine de la longue crise qui a secoué le football béninois. À leur avènement, le football béninois était plongé dans un coma profond. Partout, le désespoir s’installe. Aucun espoir. Des contre-performances répétées des équipes nationales. Aucune diplomatie porteuse pour inverse la tendance. C’était le recul à tous les niveaux. Pour nombre de béninois, ce groupe renvoie à une époque marquée par une profonde instabilité institutionnelle, des crises à répétition, des conflits de gouvernance et des contre-performances sportives.
Beaucoup rappellent que ces années ont été marquées par des sanctions, des divisions internes, des difficultés organisationnelles et une perte d’influence du football béninois sur la scène internationale. Dans les rangs de leurs opposants, certains n’hésitent pas à qualifier cette période de « passé que le football béninois ne souhaite plus revivre », estimant que les réformes engagées depuis 2018 ont permis de restaurer une certaine stabilité institutionnelle. Donc un héritage à préserver à tout point de vue. Les partisans de ces anciens dirigeants défendent toutefois une lecture différente, mettant en avant leur expérience et leur connaissance des rouages du football national.
Des dissensions au sein même de l’équipe dirigeante
Le second courant provient de l’intérieur même de l’actuelle équipe dirigeante. Longtemps considérés comme des proches collaborateurs de Mathurin De Chacus et comme les garants de la discipline qui a caractérisé son mandat, plusieurs membres du comité exécutif affichent désormais leurs ambitions pour la succession.
Cette évolution révèle des divergences de plus en plus visibles. Certains responsables souhaitent davantage d’ouverture dans le processus électoral et plaident pour une véritable compétition entre plusieurs candidats, rompant avec la logique de consensus qui a souvent prévalu au sein de l’instance.
Selon plusieurs observateurs, cette dynamique traduit une volonté d’émancipation de certains cadres qui estiment avoir été insuffisamment associés aux grandes décisions ou limités dans leurs marges d’action.
Des alliances qui redessinent les rapports de force
À mesure que l’échéance électorale approche, plusieurs rapprochements sont évoqués entre certains membres de l’actuel comité exécutif, des présidents de clubs et d’anciens dirigeants de la Fédération. Ces alliances, encore en construction, visent à modifier les équilibres traditionnels et à créer un rapport de force favorable lors du scrutin.
Parallèlement, un autre groupe demeure attaché à la continuité de la gouvernance actuelle. Des collaborateurs restés fidèles au président sortant estiment que les progrès enregistrés ces dernières années justifient la poursuite de la ligne engagée.
Le nom de Pédro Ayéma, vice-président de la FBF, revient régulièrement parmi les personnalités susceptibles d’incarner cette continuité. Ses soutiens considèrent qu’il représente la stabilité et la poursuite des réformes entreprises depuis 2018. D’autres, en revanche, estiment que cette stratégie pourrait être perçue comme une volonté de s’imposer avant même l’ouverture officielle de la compétition électorale.
Une élection décisive pour l’avenir de la FBF
Au-delà des rivalités personnelles et des stratégies d’alliance, l’élection du 22 août apparaît comme un moment déterminant pour l’avenir du football béninois. Les attentes du public sportif sont nombreuses : préserver les acquis enregistrés ces dernières années, consolider la stabilité institutionnelle, renforcer la gouvernance de la Fédération, poursuivre le développement du football à la base et améliorer les performances des équipes nationales.
À ce stade, certains observateurs avertis du football béninois n’hésitent pas à évoquer l’émergence d’une troisième voie, incarnée par Marcellin Bocovè. Ce dernier refuse de faire grand bruit autour de sa candidature, préférant laisser le processus électoral suivre son cours, conformément aux recommandations du président sortant, Mathurin de Chacus.
Dans ce contexte, les électeurs seront appelés à départager des visions différentes de l’avenir de la FBF. Plus qu’une simple alternance, ce scrutin pourrait redéfinir les orientations du football béninois pour les prochaines années.




