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Antsiranana à l’horizon 2050 : un territoire pilote pour porter les ambitions de Madagascar dans l’océan Indien

À l’Université d’Antsiranana, une réflexion ambitieuse s’ouvre sur la souveraineté, la formation, la coopération régionale et la transformation des atouts du nord de Madagascar en leviers de développement durable

À l’occasion du 70ᵉ anniversaire de la province d’Antsiranana, l’Université d’Antsiranana accueille, le 29 septembre 2026, une conférence consacrée à l’avenir de la ville et de sa région dans la perspective de Madagascar à l’horizon 2050. Placée sous le thème « Antsiranana, porte stratégique de Madagascar sur l’océan Indien : souveraineté, coopération régionale et vision à 2050 », cette rencontre propose une réflexion de long terme sur le rôle que pourrait jouer cette partie septentrionale du pays dans le développement national et la coopération indianocéanique.

L’intervention met particulièrement en avant la nécessité de penser dès aujourd’hui les conditions de développement de Madagascar à l’horizon 2050. L’enjeu n’est pas seulement de dresser l’inventaire des richesses naturelles, humaines et géographiques du pays, mais surtout de déterminer comment les transformer en capacités productives, en emplois, en compétences et en amélioration durable des conditions de vie.

Penser Madagascar à long terme

L’Institut du Droit International Africain et de la Bonne Gouvernance (IDIA-BG), présenté dans l’intervention comme un espace de réflexion réunissant juristes, universitaires, praticiens et acteurs de la société civile, place au cœur de sa démarche les questions de souveraineté, d’État de droit, de paix, de bonne gouvernance et de développement humain.

Dans cette perspective, une contribution doctrinale consacrée à l’océan Indien à l’horizon 2050 s’articule autour de trois verbes : dialoguer, coopérer et agir. Une tribune intitulée « Madagascar à l’horizon 2050 » aborde notamment la gouvernance, la jeunesse, la transformation des ressources, le développement territorial et les complémentarités régionales.

L’année 2050 apparaît ainsi comme un horizon stratégique. Madagascar aura alors célébré 90 années d’indépendance. La question posée est de savoir si le pays disposera d’une vision suffisamment partagée de son développement, d’institutions adaptées, de ressources humaines qualifiées et des moyens nécessaires pour répondre aux aspirations de sa population.

La réflexion insiste également sur la souveraineté, entendue non seulement comme une liberté juridique de décider de son avenir, mais comme une capacité concrète à disposer d’une administration compétente, d’une justice crédible, de collectivités capables d’agir, d’universités soutenues et d’entreprises créatrices de valeur sur le territoire national.

Des atouts considérables, mais un défi de transformation

Madagascar dispose de plusieurs atouts susceptibles de soutenir son développement : une population jeune, un vaste territoire, des ressources naturelles, des terres agricoles, une importante ouverture maritime et une position géographique stratégique entre l’Afrique et l’Asie.

Mais la possession de ressources ne suffit pas à garantir la prospérité. Encore faut-il disposer des compétences, des infrastructures, des investissements et des mécanismes permettant de transformer ces ressources et de répartir équitablement les bénéfices du développement.

La réflexion propose donc de mesurer les politiques d’investissement à partir de critères concrets : emplois créés, compétences transmises, participation des entreprises malgaches, valeur conservée dans le pays et conséquences environnementales et sociales des projets.

Antsiranana, un potentiel régional à structurer

C’est dans cette dynamique qu’Antsiranana occupe une place particulière. Sa baie, son ouverture maritime, sa localisation au nord de Madagascar et ses liens historiques avec l’espace indianocéanique lui confèrent une position singulière.

Selon les données du RGPH-3 de 2018 citées dans l’intervention, le district d’Antsiranana I comptait 129 320 habitants, tandis que la région DIANA totalisait 889 962 habitants. Ces chiffres traduisent l’importance du bassin humain autour de la capitale régionale.

L’idée avancée est de faire d’Antsiranana un territoire pilote, capable d’expérimenter des formes de coopération et des projets dont les enseignements pourraient ensuite être partagés avec d’autres territoires malgaches.

Cette ambition suppose cependant de s’attaquer aux obstacles qui peuvent ralentir le développement : infrastructures, transports, accès à l’énergie, financement des entreprises, formation professionnelle et coordination entre les différents acteurs publics.

Redonner aux territoires une capacité d’action

La réflexion accorde également une place importante aux institutions territoriales. L’idée défendue est qu’un État ne peut pas préparer seul, depuis sa capitale, l’avenir de l’ensemble de ses territoires.

Chaque région possède ses propres ressources, besoins et possibilités. D’où la nécessité de réfléchir aux compétences à confier aux institutions territoriales, aux moyens financiers et humains dont elles ont besoin, ainsi qu’aux mécanismes de coordination avec l’État et d’évaluation des résultats.

L’objectif n’est pas de remettre en cause l’unité nationale, mais de permettre aux territoires de participer davantage au développement du pays et de faire en sorte que les populations bénéficient plus directement des retombées économiques et sociales des projets.

L’océan Indien comme espace de coopération

La position d’Antsiranana ouvre naturellement la réflexion sur les relations avec les autres territoires de l’océan Indien.

L’intervention relève l’existence de circulations déjà importantes entre Madagascar, Maurice, les Comores et La Réunion. Des entrepreneurs, étudiants, travailleurs et professionnels participent déjà à des échanges économiques, commerciaux, sanitaires et éducatifs.

Le défi consiste désormais à mieux organiser ces échanges à travers la formation, les infrastructures, les partenariats économiques et des règles de mobilité plus lisibles.

Dans ce cadre, la formation apparaît comme l’un des principaux leviers. L’Université d’Antsiranana pourrait, selon la proposition formulée, travailler avec des centres de formation, des instituts et des acteurs économiques pour identifier les besoins en compétences à Madagascar et dans les territoires voisins.

Les secteurs évoqués sont notamment les métiers maritimes, la transformation agroalimentaire, la logistique, le tourisme, la santé et l’environnement.

Quatre pistes pour faire d’Antsiranana un laboratoire régional

L’ambition d’un territoire pilote ne serait pas conçue comme un statut à décréter, mais comme une démarche progressive reposant sur des projets concrets. Quatre pistes sont notamment avancées :

réunir universités et centres de formation autour des métiers de la mer, de la recherche maritime et de la protection des littoraux ;

rapprocher producteurs, chercheurs et entreprises afin d’améliorer la conservation, la transformation et la circulation des produits agricoles et alimentaires ;

développer des coopérations autour de la sécurité humaine, des risques climatiques, de la santé et de la protection des espaces côtiers ;

organiser des échanges réguliers d’étudiants, de formateurs et de professionnels entre Antsiranana et d’autres territoires de l’océan Indien.

L’Université pourrait jouer un rôle central dans cette démarche en documentant les besoins, en réunissant les différents acteurs et en évaluant les résultats des projets.

Gouvernance et justice, piliers du développement

Au-delà des infrastructures et de l’économie, la conférence souligne que le développement durable reste étroitement lié à la qualité des institutions.

Pauvreté, accès à l’éducation et à la santé, perspectives offertes à la jeunesse, gouvernance, justice, climat et sécurité constituent des problématiques interdépendantes. La sécurité est ainsi envisagée dans une conception élargie intégrant notamment la sécurité alimentaire, l’accès à l’eau et la préparation aux catastrophes.

La transparence dans l’utilisation des ressources publiques, l’application équitable des règles et l’indépendance de la justice sont présentées comme des conditions nécessaires à la confiance et à la crédibilité des projets de long terme.

Le pari d’un Antsiranana tourné vers 2050

Au terme de cette réflexion, Antsiranana apparaît comme un possible point de départ pour une nouvelle dynamique territoriale et régionale. L’ambition proposée repose sur une coopération entre université, collectivités, entreprises, jeunesse et partenaires de l’océan Indien, autour de projets concrets et évaluables.

L’objectif n’est pas de donner à Antsiranana une place particulière au détriment des autres territoires, mais de valoriser ses atouts au service du développement national et d’une coopération régionale mieux organisée.

À l’horizon 2050, la réussite de Madagascar serait ainsi mesurée non seulement au nombre d’années écoulées depuis l’indépendance, mais à sa capacité à exercer pleinement sa souveraineté à travers des institutions adaptées, des citoyens formés, des territoires capables d’agir, une justice crédible et des coopérations librement choisies.

Antsiranana pourrait donc devenir l’un des laboratoires de cette ambition. Et le pari posé à l’Université est clair : pour préparer le Madagascar de 2050, il faut commencer à construire dès aujourd’hui les compétences, les institutions, les infrastructures et les coopérations dont le pays aura besoin demain.

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