Afrique des territoires : l’IDIA-BG dessine un nouveau panafricanisme à l’horizon 2050

Coopération territoriale, emploi, formation, agriculture, économie bleue, culture et jeunesse : l’Institut du Droit International Africain et de la Bonne Gouvernance (IDIA-BG) porte une nouvelle vision du panafricanisme, construite au plus près des populations et ouverte aux partenariats internationaux.
Et si l’avenir du panafricanisme se construisait d’abord dans les territoires ? C’est l’ambition portée par l’Institut du Droit International Africain et de la Bonne Gouvernance (IDIA-BG) à travers son initiative baptisée « Afrique des territoires ». Présentée comme un projet de coopération à dimension sociale, économique et culturelle, cette démarche entend rapprocher les territoires africains autour de projets concrets répondant directement aux besoins des populations.
À l’horizon 2050, l’initiative entend contribuer à préparer les territoires africains aux grands défis démographiques, économiques et sociaux qui se profilent. Le projet repose sur une conviction centrale : le développement de l’Afrique ne saurait être durable sans une implication forte des territoires, des collectivités, des producteurs, des entreprises, des universités, des associations et des populations elles-mêmes.
Un panafricanisme pensé au plus près des populations
L’originalité de la démarche réside dans son approche territoriale. L’IDIA-BG ne propose pas uniquement une coopération entre États, mais souhaite créer des passerelles entre territoires africains autour de besoins, de compétences et de projets partagés.
Cette conception du panafricanisme s’appuie sur les solidarités africaines et les complémentarités économiques. Elle envisage notamment des formations communes, des échanges entre producteurs, la valorisation des ressources locales, la recherche universitaire, les échanges culturels ainsi que des rencontres sportives.
La démocratie, les libertés, la justice, la paix, la transparence et le respect de la dignité humaine sont présentés comme les principes devant encadrer cette coopération. Chaque territoire serait appelé à apporter ses compétences, à exprimer ses besoins et à participer à la définition des projets, avec une attention particulière accordée à la répartition équitable des bénéfices.
Le défi démographique de 2050 au cœur de la réflexion
L’IDIA-BG inscrit son initiative dans une perspective de long terme. La note estime qu’à l’horizon 2050, l’Afrique pourrait compter près de 2,5 milliards d’habitants. Une évolution démographique qui, selon l’Institut, impose d’anticiper dès aujourd’hui les besoins en alimentation, formation, emploi, logement, services essentiels et activités culturelles.
Le défi est également présenté comme une opportunité. Cette croissance démographique représente un potentiel humain considérable, mais sa transformation en progrès social dépendra notamment des compétences disponibles, des capacités productives, de la qualité des institutions et de la répartition des bénéfices du développement.
Dans cette perspective, « Afrique des territoires » veut faire des espaces locaux de véritables lieux d’initiative, de production et de coopération. L’objectif affiché est d’identifier les obstacles structurels — insuffisance des infrastructures, difficultés de financement, déficit de formations adaptées, faibles capacités de transformation locale ou encore coordination institutionnelle limitée — afin de rechercher des réponses adaptées.
Lutter contre la pauvreté et freiner les migrations contraintes
La dimension sociale occupe une place importante dans le projet. Pour l’IDIA-BG, la lutte contre la pauvreté doit demeurer une finalité centrale du développement.
La réussite d’une politique territoriale devrait ainsi se mesurer à travers des résultats concrets : amélioration de l’accès à une alimentation sûre, augmentation de la stabilité des revenus, accès à la formation, création d’activités et participation accrue des populations à la vie collective.
Une attention particulière est annoncée en faveur des jeunes, des femmes et des populations rurales, côtières et insulaires.
Le projet établit également un lien entre développement territorial et mobilité humaine. L’idée est d’élargir les possibilités offertes aux populations de construire leur avenir sur leur territoire, tout en favorisant des mobilités choisies, organisées et respectueuses des droits. Les échanges d’étudiants, de formateurs et de professionnels sont notamment envisagés comme des instruments de développement.
Une Afrique ouverte aux partenariats internationaux
Si le projet revendique un ancrage africain, il ne se veut pas fermé au reste du monde. L’« Afrique des territoires » se présente au contraire comme une plateforme ouverte aux territoires et États étrangers, aux organisations internationales, aux universités, aux fondations, aux entreprises et aux diasporas.
Plusieurs formes de coopération pourraient ainsi être développées : coopération entre territoires africains, coopération Sud-Sud, coopération avec des territoires et États du Nord, mais également partenariats triangulaires associant territoires africains et partenaires extérieurs.
Le document cite notamment la possibilité d’approcher des régions allemandes ou d’autres territoires européens pour des échanges dans des domaines tels que la formation professionnelle, la transformation agroalimentaire ou l’organisation des services territoriaux. Ces collaborations restent toutefois à discuter et à formaliser avec les partenaires concernés.
L’objectif affiché est de privilégier la réciprocité, la transmission effective des savoir-faire, la création de valeur dans les territoires africains et la transparence des engagements.
L’océan Indien comme premier laboratoire
Pour expérimenter cette vision, l’IDIA-BG propose de commencer par l’espace de l’océan Indien avant une extension progressive à d’autres régions africaines.
Plusieurs territoires sont identifiés comme premiers espaces de concertation et d’expérimentation : Antsiranana – Diego-Suarez à Madagascar, Mbadjini en Grande Comore, Hamahamet avec une association possible d’Oichili et de Dimani, Anjouan – Ndzuwani, ainsi que Mohéli – Mwali.
Les domaines de coopération envisagés varient selon les caractéristiques de chaque territoire : agriculture, entrepreneuriat rural, transformation des produits, formation, patrimoine culturel, activités maritimes, économie bleue, protection des littoraux, tourisme responsable, culture et sport.
La participation effective de ces territoires, leur périmètre opérationnel et leurs priorités devront cependant être définis avec les autorités compétentes et les acteurs locaux.
Cinq grands secteurs pour passer de l’idée à l’action
Le projet identifie plusieurs secteurs prioritaires destinés à donner une traduction concrète à cette coopération.
L’agriculture et la sécurité alimentaire constituent le premier axe. Il s’agirait d’améliorer la production, la conservation, la transformation et la commercialisation des produits agricoles, tout en favorisant les échanges entre producteurs, la gestion de l’eau, l’adaptation climatique et la réduction des pertes après récolte.
La formation professionnelle et l’insertion constituent un deuxième pilier. L’IDIA-BG envisage la mobilisation des universités, centres de formation, entreprises et organisations professionnelles pour identifier les compétences nécessaires et construire des parcours adaptés. L’agroalimentaire, la maintenance, la logistique, le tourisme, les métiers maritimes, les activités culturelles et l’encadrement sportif figurent parmi les domaines évoqués.
Le troisième axe concerne l’économie bleue et la protection des littoraux, avec des pistes portant notamment sur la pêche durable, la conservation et la transformation des produits de la mer, la sécurité maritime et la prévention des pollutions.
La culture et la transmission constituent le quatrième axe. Résidences artistiques, rencontres littéraires, ateliers, échanges universitaires et manifestations itinérantes pourraient contribuer à la transmission des langues, des mémoires et des patrimoines.
Enfin, le sport et la jeunesse sont envisagés comme des instruments d’éducation, de santé, de participation et de rapprochement entre les territoires.
Les États restent au cœur du dispositif
L’approche territoriale proposée ne signifie pas un effacement des États. Le document insiste au contraire sur le respect de leur souveraineté, de leur unité nationale et des compétences des institutions concernées.
Les autorités nationales seraient associées en fonction des besoins et de la nature des projets, tandis que les institutions territoriales et les acteurs locaux participeraient à la définition des priorités et à leur mise en œuvre.
L’objectif est donc de faire de la coopération territoriale un complément aux politiques nationales de développement, avec une meilleure prise en compte de la diversité des réalités locales.
L’IDIA-BG veut jouer le rôle de facilitateur
Dans cette architecture, l’IDIA-BG se positionne comme une structure d’impulsion, de facilitation et d’accompagnement. L’Institut entend contribuer à organiser les consultations, préparer une charte de coopération, accompagner les conventions, mobiliser les expertises et documenter les résultats.
La gouvernance envisagée repose sur un comité de coordination, des points focaux territoriaux et des groupes de travail sectoriels.
Chaque projet devrait être encadré par une fiche précisant ses objectifs, ses bénéficiaires, ses responsables, son budget, son calendrier et ses indicateurs de résultat. Le document prévoit également des mécanismes de transparence financière, de prévention des conflits d’intérêts et de participation des populations.
Une première phase de douze mois
Pour passer de la vision à l’expérimentation, l’IDIA-BG propose une première phase de douze mois, qui commencerait après l’accord des partenaires de lancement.
Les trois premiers mois seraient consacrés à la consultation des autorités et acteurs locaux, à la définition des périmètres d’intervention et à l’établissement d’un diagnostic des besoins et des moyens disponibles.
Entre les quatrième et sixième mois, il serait question de sélectionner les premières actions, de préparer les conventions, d’établir les budgets et de rechercher les partenaires techniques et financiers.
Enfin, entre les septième et douzième mois, les actions financées pourraient être mises en œuvre, suivies et évaluées.
Trois premières actions sont notamment proposées à l’examen : un programme de formation lié à l’agriculture et à la transformation alimentaire ; un échange technique consacré aux métiers de la mer et à la protection des ressources ; et une rencontre de la jeunesse autour de la culture, du sport et de la découverte des métiers.
Financer les projets, mesurer les résultats
L’IDIA-BG ne propose pas un financement global indistinct. Le financement serait recherché projet par projet, à partir de besoins identifiés et de budgets précis.
Les ressources pourraient provenir des contributions des partenaires, d’appuis publics, de programmes de coopération, de fondations, d’entreprises et des diasporas. Les contributions en nature seraient également prises en compte.
L’évaluation ne devrait pas se limiter au nombre d’activités réalisées. Elle porterait notamment sur les compétences acquises, les perspectives d’insertion, les activités économiques accompagnées, les revenus lorsque leur mesure est possible, la participation des femmes et des jeunes ainsi que la continuité des partenariats.
De l’océan Indien à une nouvelle cartographie des solidarités africaines
À terme, « Afrique des territoires » ambitionne d’accueillir progressivement d’autres territoires africains et des partenaires internationaux. La sélection devrait reposer sur l’engagement des acteurs locaux, les besoins partagés, les complémentarités et la possibilité de construire des projets durables.
À travers cette initiative, l’IDIA-BG propose donc de déplacer le regard : partir des réalités quotidiennes des territoires pour construire des coopérations africaines concrètes, tout en ouvrant ces territoires aux compétences, aux investissements, aux savoir-faire et aux réseaux internationaux.
L’ambition affichée par l’Institut est claire : préparer l’Afrique de 2050 non seulement dans les capitales et les grandes institutions, mais dans les territoires, avec les populations et en coopération avec les États.
Portée par Maître Saïd Larifou, président de l’Institut du Droit International Africain et de la Bonne Gouvernance, cette initiative entend ainsi transformer les solidarités africaines et les ressources disponibles en possibilités concrètes de formation, de production, de création et de progrès social.



