L’Archipel des Chagos saisit l’Union africaine pour faire valoir son droit à l’autodétermination
Une nouvelle étape diplomatique vient d’être franchie dans le dossier sensible de l’Archipel des Chagos. Dans une lettre officielle adressée au Président de la Commission de l’Union africaine, le Gouvernement de Transition de l’Archipel des Chagos annonce une saisine solennelle accompagnée d’un mémorandum plaidant pour la reconnaissance du droit à l’autodétermination du peuple chagossien.
Signée par Me Said Larifou, Conseil du Gouvernement de Transition, la correspondance appelle l’organisation panafricaine à se positionner clairement en faveur d’une solution centrée sur le peuple autochtone, et non sur des arrangements interétatiques conclus sans sa participation.
Une bataille juridique relancée
Au cœur de la démarche figure l’interprétation de l’avis consultatif rendu en 2019 par la Cour internationale de Justice. Pour les autorités chagossiennes de transition, cet avis, s’il a condamné l’administration britannique de l’archipel, ne saurait être interprété comme un transfert automatique de souveraineté au profit de la Maurice.
Selon le mémorandum transmis à l’UA, la décision de la CIJ « sanctuarise avant tout le droit inaliénable à la décolonisation », ce qui implique nécessairement le consentement libre et éclairé du peuple concerné. Toute cession de souveraineté sans référendum serait, d’après le document, une nouvelle forme de tutelle, incompatible avec les principes fondateurs de l’Union africaine.
Les auteurs de la saisine dénoncent ce qu’ils qualifient de « manœuvre diplomatique », accusant Port-Louis d’instrumentaliser la lutte anticoloniale pour consolider une revendication territoriale qui ne tiendrait pas suffisamment compte de la volonté populaire chagossienne.
Un peuple marqué par l’exil
L’Archipel des Chagos demeure l’un des dossiers les plus complexes de la décolonisation africaine. Dans les années 1960 et 1970, la population chagossienne fut déplacée de force par le Royaume-Uni, notamment pour permettre l’installation d’une base militaire sur l’île de Diego Garcia.
Le Gouvernement de Transition évoque une « double peine » : l’exil forcé, qualifié de crime contre l’humanité ; l’exclusion politique persistante des Chagossiens dans les négociations internationales relatives à leur territoire. Dans cette dynamique, une plainte a été déposée auprès de la Cour pénale internationale afin d’obtenir justice et garantir le droit au retour ainsi que la reconnaissance des préjudices subis.
Un appel à la solidarité panafricaine
Au-delà du contentieux juridique, la lettre s’inscrit dans un registre politique fort. Elle met en garde contre ce que ses auteurs appellent une possible « colonisation intra-africaine », si une solution venait à être adoptée sans consultation du peuple chagossien.
Le Gouvernement de Transition formule trois requêtes principales à l’endroit de l’Union africaine : la reconnaissance officielle du Gouvernement de Transition comme interlocuteur légitime représentant les intérêts du peuple chagossien ; l’exigence que tout accord international relatif à l’archipel soit conditionné au consentement du peuple souverain ; le soutien institutionnel de l’UA à la procédure engagée devant la CPI. Des formations politiques africaines, dont le mouvement RIDJA-PACTEF, ont déjà exprimé leur appui à cette initiative, estimant que la question des Chagos constitue « la dernière frontière de la libération collective africaine ».
Un dossier à haute portée symbolique
Pour de nombreux observateurs, la position que prendra l’Union africaine dans cette affaire pourrait redéfinir les contours contemporains du principe d’autodétermination sur le continent. L’enjeu dépasse en effet la simple revendication territoriale : il touche à la place du peuple dans les processus de décolonisation tardive et à la capacité des institutions africaines à arbitrer des différends mêlant héritage colonial et rivalités géopolitiques.
La balle est désormais dans le camp de la Commission de l’Union africaine. Sa réponse pourrait marquer un tournant décisif dans l’un des contentieux les plus emblématiques de l’histoire postcoloniale africaine.


