Esclavage et résolution de l’ONU : Me Saïd Larifou appelle l’Afrique à transformer la reconnaissance en justice juridique

Dans une tribune percutante, Saïd Larifou sonne l’alerte : après la reconnaissance par la communauté internationale de la traite transatlantique et de l’esclavage comme crimes contre l’humanité, l’heure n’est plus aux déclarations symboliques, mais à l’action juridique concrète. Pour l’avocat et initiateur de la Conférence de Dakar 2026, l’Afrique se trouve aujourd’hui à un tournant décisif de son histoire.
Une reconnaissance historique mais insuffisante
La récente résolution adoptée par Assemblée générale des Nations Unies constitue, selon Me Larifou, une avancée majeure. En qualifiant officiellement l’esclavage des Africains parmi les crimes les plus graves contre l’humanité, la communauté internationale franchit un cap moral et politique longtemps attendu.
Cependant, insiste-t-il, « reconnaître ne suffit pas ». Car toute reconnaissance implique des conséquences. Pendant plus de quatre siècles, des millions d’Africains ont été déportés, déshumanisés et exploités dans des systèmes économiques qui continuent d’influencer les équilibres mondiaux actuels.
Le défi de la justice réparatrice
Au cœur de cette réflexion émerge désormais le concept de justice réparatrice internationale. Une notion qui dépasse la simple indemnisation financière pour englober un rééquilibrage global des rapports économiques, politiques et institutionnels.
Pour Me Larifou, cette dynamique s’inscrit dans la continuité des actions menées par Union africaine, qui a placé la question des réparations au centre de son agenda. Mais il met en garde : sans cadre juridique structuré, sans mécanismes contraignants et sans principes clairement établis, cette ambition risque de rester lettre morte.
Une fracture au sein de la communauté internationale
Le vote de la résolution révèle également des lignes de fracture. Si une majorité d’États, notamment africains, soutient l’idée d’une justice réparatrice, d’autres s’y opposent, invoquant les limites du droit international et refusant toute responsabilité rétroactive.
Mais pour l’expert, l’histoire du droit est sans équivoque : « le droit ne précède pas toujours la justice, il en est souvent le produit ». Autrement dit, ce qui apparaît aujourd’hui comme une revendication pourrait devenir demain une norme internationale.
L’Afrique appelée à devenir architecte du droit
Face à ces enjeux, Me Larifou appelle le continent à ne plus subir, mais à agir. Il invite les États africains à prendre l’initiative en construisant un cadre juridique propre, capable de traduire cette exigence de justice en règles concrètes et opposables.
C’est dans cette perspective que s’inscrit la Conférence de Dakar 2026 sur l’émergence d’un droit international africain, portée par l’avocat. Cette rencontre ambitionne de transformer une reconnaissance politique en véritable doctrine juridique structurée, ancrée dans les réalités africaines.
Lien entre passé et présent : le défi de l’esclavage moderne
Au-delà de la mémoire historique, la tribune met également en lumière une réalité contemporaine préoccupante : la persistance de formes modernes d’exploitation humaine. Traite des personnes, travail forcé, exploitation économique extrême ou systèmes informels de servitude continuent d’affecter des millions d’individus à travers le monde.
Pour Me Larifou, il serait erroné de dissocier ces phénomènes actuels des héritages de l’esclavage et de la colonisation. Les déséquilibres structurels issus de cette histoire continuent d’alimenter les vulnérabilités qui rendent possibles ces abus. Ainsi, la lutte contre l’esclavage moderne ne s’oppose pas à la justice réparatrice : elle en constitue le prolongement naturel.
Un choix historique pour le continent
En conclusion, la tribune pose une alternative claire : l’Afrique doit choisir entre subir les récits imposés par l’histoire ou devenir actrice de son propre destin juridique. « Il ne saurait y avoir de paix durable sans justice, et pas de justice sans réparation », martèle Me Larifou.
À travers cet appel, c’est toute une vision qui se dessine : celle d’une Afrique souveraine, capable de transformer les blessures du passé en leviers d’influence pour l’avenir, et de s’imposer comme une puissance normative sur la scène internationale.


