CEDEAO et crise en Guinée-Bissau : Plaidoyer de Me Saïd Larifou pour une médiation impartiale et la protection de l’opposition politique

La gestion des crises institutionnelles en Afrique de l’Ouest continue d’alimenter les débats au sein des milieux juridiques et diplomatiques. Dans une analyse approfondie intitulée « Le devoir de neutralité de la CEDEAO face aux ruptures de l’ordre constitutionnel : le cas de la Guinée-Bissau », l’avocat Me Saïd Larifou, président de l’Institut du Droit International Africain et de la Bonne Gouvernance (IDIA-BG), appelle la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) à préserver son impartialité et à renforcer son engagement en faveur des libertés fondamentales lors de ses missions de médiation.
Selon l’auteur, la crédibilité acquise par la CEDEAO au fil des décennies dans la prévention des crises politiques et la défense de l’ordre constitutionnel repose avant tout sur un principe essentiel : la neutralité. Après ses interventions dans plusieurs pays de la sous-région, notamment en Gambie, au Mali, au Burkina Faso, au Niger ou encore en Guinée, l’organisation est aujourd’hui confrontée à un nouveau défi avec la situation en Guinée-Bissau.
La Guinée-Bissau, un test pour la crédibilité régionale
L’étude estime que la récente mission de la CEDEAO en Guinée-Bissau a suscité des interrogations après des déclarations publiques relatives à une éventuelle feuille de route politique. Bien que la Commission de la CEDEAO ait précisé n’avoir ni annoncé ni validé un processus de révision constitutionnelle, Me Larifou considère que cette mise au point ne dissipe pas toutes les préoccupations juridiques.
L’auteur soutient que plusieurs responsables de l’opposition bissau-guinéenne dénoncent des restrictions à leurs libertés de circulation et d’action politique. Il précise toutefois que ces allégations sont contestées par les autorités du pays et qu’elles relèvent, le cas échéant, de l’appréciation des juridictions compétentes.
La démocratie ne se limite pas aux élections
L’analyse rappelle que les textes fondateurs de la CEDEAO, le Protocole additionnel de 2001 sur la démocratie et la bonne gouvernance, ainsi que la Charte africaine de la démocratie, consacrent non seulement l’organisation d’élections libres, mais également la protection effective du pluralisme politique, de l’indépendance de la justice, des libertés publiques et de la participation de toutes les forces politiques au débat démocratique.
Pour Me Saïd Larifou, une mission de médiation crédible ne peut se limiter aux discussions avec les autorités gouvernementales. Elle devrait également rencontrer les principaux acteurs de l’opposition, les organisations de défense des droits humains, les barreaux, la société civile et les autorités religieuses afin de garantir une approche véritablement inclusive.
Un appel à une doctrine africaine de protection des oppositions
Au-delà du cas bissau-guinéen, l’auteur propose une évolution du droit régional africain avec la reconnaissance d’un véritable statut juridique de l’opposition démocratique. Cette approche permettrait notamment de mieux garantir la liberté de circulation des responsables politiques, leur accès équitable aux médias publics, la protection contre d’éventuelles poursuites arbitraires et le respect du pluralisme politique.
Il invite également la CEDEAO et l’Union africaine à renforcer les garanties d’impartialité de leurs missions de médiation afin de préserver la confiance des peuples dans les institutions régionales.
Un enjeu pour l’avenir de la démocratie en Afrique
En conclusion, Me Saïd Larifou considère que la crise en Guinée-Bissau dépasse le seul cadre national. À ses yeux, elle constitue un véritable test pour le droit international africain et pour la capacité des institutions régionales à concilier stabilité politique, respect des libertés fondamentales et État de droit. Il estime que la légitimité de la CEDEAO dépendra de sa capacité à demeurer impartiale, à protéger le pluralisme politique et à garantir que majorité comme opposition bénéficient des mêmes droits dans les processus démocratiques.




