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COMORES : LE RIDJA-PACTEF ROMPT AVEC LA VICTIMISATION ET APPELLE À UNE « SOUVERAINETÉ ACCOMPLIE »

(Mayotte, héritage colonial, El-Maarouf, lycée Saïd Mohamed Cheikh : le parti plaide pour un devoir de mémoire, mais aussi pour un examen sans complaisance de la gestion des Comores depuis l’indépendance)

Le débat sur les relations entre les Comores et la France, particulièrement autour de la question de Mayotte, prend une nouvelle tournure. Dans une déclaration datée du 28 août 2026, le RIDJA-PACTEF entend dépasser les réactions passionnées et replacer la controverse dans une réflexion plus large sur la souveraineté, la responsabilité nationale et le bilan de plus de cinquante années d’indépendance.

Le parti reconnaît la légitimité des revendications historiques des Comores concernant les conséquences de la colonisation, les spoliations, les réparations et les responsabilités de l’ancienne puissance coloniale. Mais il refuse que cette mémoire historique serve à éluder les responsabilités propres aux gouvernants comoriens depuis 1975. Pour le RIDJA-PACTEF, les deux questions doivent être examinées séparément, avec « vérité, dignité et responsabilité ».

Une mémoire assumée, mais sans fuite devant les responsabilités

Le parti pose ainsi un principe central : l’indépendance ne saurait être considérée uniquement comme un acquis historique ou un droit conquis. Elle constitue également une responsabilité exercée au quotidien.

Cette position conduit le RIDJA-PACTEF à interpeller directement la classe dirigeante comorienne. Selon la formation politique, si les Comores demandent légitimement à la France de rendre compte de son histoire et de ses responsabilités, elles doivent également être capables d’évaluer les résultats des décennies de souveraineté nationale.

C’est dans cette logique que le parti braque les projecteurs sur deux infrastructures emblématiques : l’hôpital El-Maarouf et le lycée Saïd Mohamed Cheikh.

El-Maarouf, le symbole d’une souveraineté encore inachevée

L’ancien hôpital El-Maarouf, établissement historique remontant aux années 1950, a été démoli en 2017 pour permettre la construction d’un nouveau Centre hospitalier universitaire appelé à devenir la principale infrastructure sanitaire des Comores.

Pour le RIDJA-PACTEF, l’ambition de moderniser l’offre hospitalière était non seulement légitime, mais nécessaire. Toutefois, le parti s’interroge sur le décalage entre les investissements consentis et la réalité vécue par les populations.

La déclaration rappelle que, selon une constatation rapportée par La Gazette des Comores le 9 octobre 2025, le nouveau CHU, malgré l’achèvement annoncé de ses bâtiments, demeurait fermé aux patients. Plusieurs inaugurations avaient été annoncées puis reportées. Les difficultés évoquées portent notamment sur les équipements médicaux, les procédures administratives, le financement de certains matériels, mais aussi l’eau, l’électricité, la gestion des déchets hospitaliers et la maintenance.

Pendant ce temps, les familles comoriennes continuent de supporter les coûts humains et financiers des évacuations sanitaires à l’étranger. Pour le RIDJA-PACTEF, le constat est sans appel : un hôpital ne remplit sa mission que lorsqu’il soigne effectivement les malades.

Le lycée Saïd Mohamed Cheikh, autre révélateur du défi national

Le même raisonnement est appliqué au lycée Saïd Mohamed Cheikh, autre institution historique de l’archipel. Construit dans les années 1950, l’établissement a formé plusieurs générations de cadres comoriens et demeure un symbole de l’enseignement secondaire national.

Pourtant, plus de cinquante ans après l’indépendance, sa réhabilitation nécessite encore un programme de plusieurs millions d’euros bénéficiant notamment d’un concours financier français à travers l’Agence française de développement.

Le RIDJA-PACTEF précise qu’il ne reproche nullement à la France, à la Banque mondiale ou aux autres partenaires internationaux de participer au développement des Comores. Au contraire, le parti affirme qu’il faut savoir reconnaître les coopérations lorsqu’elles répondent aux besoins de la population.

Mais cette coopération, estime-t-il, ne doit pas empêcher les Comores de s’interroger sur leur capacité à assumer elles-mêmes les responsabilités fondamentales d’un État.

Pour le RIDJA-PACTEF, la souveraineté commence par le quotidien

C’est probablement l’un des axes les plus forts de la déclaration : la souveraineté ne saurait se réduire aux revendications diplomatiques, aux cérémonies officielles ou aux contentieux territoriaux.

Pour le RIDJA-PACTEF, elle doit d’abord se traduire par la capacité de l’État à protéger ses citoyens, fournir de l’eau et de l’électricité, garantir une éducation de qualité, soigner les malades, créer des emplois et protéger les plus vulnérables.

Elle doit également offrir à la jeunesse des perspectives autres que l’exil, la précarité ou les traversées périlleuses de la mer. Autrement dit, la souveraineté revendiquée à l’extérieur doit avoir un contenu concret à l’intérieur du pays.

« Ni amnésie, ni victimisation »

Le RIDJA-PACTEF rejette ainsi deux attitudes qu’il considère comme des impasses. La première est l’amnésie, qui consisterait à oublier la colonisation, ses conséquences et les contentieux historiques persistants. Le parti dit clairement la refuser.

La seconde est la victimisation permanente, qui consisterait à expliquer indéfiniment les difficultés actuelles des Comores par les injustices du passé et à utiliser l’histoire comme un refuge permettant d’échapper à l’obligation de rendre compte.

Pour la formation politique, les deux exigences sont compatibles : défendre les droits historiques des Comores et demander des comptes à l’ancienne puissance coloniale, tout en exigeant la même rigueur des responsables qui gouvernent le pays.

Un appel à un véritable bilan depuis 1975

À travers cette déclaration, le RIDJA-PACTEF invite également les Comoriens à regarder les cinquante années écoulées depuis l’indépendance avec lucidité.

Le parti pose une série de questions : qu’est-ce qui a été construit depuis 1975 ? Quelles réussites peuvent être revendiquées ? Où se situent les échecs ? Pourquoi l’accès à l’eau, à l’électricité, à la santé, à l’éducation et à l’emploi demeure-t-il une préoccupation quotidienne ? Et pourquoi une partie importante de la jeunesse continue-t-elle de considérer le départ comme la meilleure perspective d’avenir ?

Le parti s’interroge également sur la dépendance persistante de certaines infrastructures essentielles à des financements extérieurs pour leur construction, leur réhabilitation ou leur équipement. Pour le RIDJA-PACTEF, ces interrogations ne sont dirigées ni contre la France ni contre un autre pays : elles s’adressent d’abord aux Comoriens eux-mêmes.

De l’indépendance proclamée à la souveraineté accomplie

Le RIDJA-PACTEF estime désormais nécessaire d’ouvrir une nouvelle étape de l’histoire nationale. La formation politique refuse que les mêmes pénuries, dépendances et désillusions soient transmises indéfiniment aux générations futures. Son ambition affichée est de sortir simultanément de la dépendance, de la victimisation et de la résignation.

Il s’agit, selon la déclaration, de défendre avec fermeté les intérêts des Comores sur la scène internationale tout en reconstruisant l’État à l’intérieur ; de revendiquer le respect à l’extérieur tout en restaurant l’exigence à l’intérieur ; et de réclamer justice pour l’histoire tout en assumant pleinement la responsabilité de l’avenir.

Le pari d’un « autre pays

Au terme de sa déclaration, le RIDJA-PACTEF affirme vouloir contribuer à l’avènement d’un autre modèle de société comorienne : une République fondée sur la responsabilité publique, la justice, la bonne gouvernance, le développement équilibré des régions, la solidarité nationale et la reconstruction de la confiance entre les citoyens et l’État.

Le parti appelle ainsi à une nouvelle conception de l’histoire : non pas l’utiliser pour justifier les insuffisances du présent, mais s’en servir pour éviter de reproduire les erreurs du passé.

Avec cette prise de position, le RIDJA-PACTEF cherche donc à déplacer le débat. Il ne s’agit plus seulement de savoir ce que les Comores doivent obtenir de leurs partenaires ou de l’ancienne puissance coloniale, mais aussi de déterminer ce que l’État comorien doit être capable de garantir à ses propres citoyens.

C’est tout le sens de son message : cinquante ans après l’indépendance, le véritable défi serait désormais de passer d’une indépendance proclamée à une souveraineté réellement accomplie — une souveraineté qui « construit, éduque, soigne, protège et rend compte ».

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