
L’avenir de la jeunesse comorienne interpelle les responsables politiques et les acteurs du développement. Dans une contribution consacrée aux défis démographiques, éducatifs et sociaux du pays, Me Saïd Larifou, avocat et président du RIDJA-PACTEF, appelle à une meilleure anticipation des besoins de la population. S’appuyant sur une lettre ouverte de son jeune confrère Me Radjabou Nadhur, ancien étudiant de l’Université des Comores et aujourd’hui avocat stagiaire, il plaide pour une politique publique davantage tournée vers l’avenir, une université mieux accompagnée et une implication accrue des territoires dans la recherche de solutions durables.
Une jeunesse au cœur des défis nationaux
Pour Me Saïd Larifou, la question de l’avenir des Comores ne saurait être dissociée de la capacité du pays à préparer les générations montantes aux exigences de demain. Il estime que les évolutions démographiques imposent une planification rigoureuse des infrastructures scolaires et universitaires, des services de santé, du logement, de l’accès à l’eau et à l’électricité, ainsi que des perspectives d’insertion professionnelle.
Dans sa contribution, il évoque une population estimée à environ 762 000 habitants en 2017, contre près de 944 000 en 2026, des chiffres qui restent à vérifier et à actualiser. Au-delà de ces données, il souligne l’importance d’une réalité fondamentale : chaque génération supplémentaire représente des besoins nouveaux auxquels les pouvoirs publics doivent pouvoir répondre.
Les enfants d’aujourd’hui seront les élèves, les étudiants, les travailleurs et les entrepreneurs de demain. Pour l’avocat, gouverner avec responsabilité suppose donc de connaître les réalités du pays, d’anticiper leur évolution et de prendre, à temps, les décisions nécessaires pour éviter que les difficultés ne deviennent des crises durables.
Université des Comores : des capacités d’accueil à renforcer
Les difficultés liées à l’accueil des nouveaux bacheliers constituent, selon Me Saïd Larifou, une illustration des conséquences possibles d’un manque d’anticipation. Lorsque les capacités d’accueil ne suivent pas l’évolution des effectifs, les étudiants, leurs familles et les enseignants se retrouvent confrontés à l’incertitude, à la surcharge des infrastructures et à la dégradation potentielle des conditions d’apprentissage.
L’auteur évoque notamment la possibilité d’utiliser des foyers culturels construits par les communautés villageoises pour accueillir des étudiants. S’il salue la solidarité et les efforts des populations, il insiste sur la nécessité d’une concertation préalable avec les villages concernés, d’une clarification des conditions d’utilisation des locaux et de la définition d’un calendrier permettant de mettre en place des solutions universitaires pérennes.
Pour lui, la réponse à la crise de l’enseignement supérieur ne peut se limiter à la recherche de salles de cours supplémentaires. La réussite universitaire dépend également des conditions de vie des étudiants, notamment l’accès au logement, au transport, à l’alimentation, aux ressources documentaires et aux outils numériques.
Le manque de moyens peut en effet fragiliser les parcours, accentuer les inégalités et contraindre certains jeunes à interrompre leurs études. C’est pourquoi le président du RIDJA-PACTEF appelle à une politique universitaire plus ambitieuse, capable de concilier l’élargissement de l’accès à l’enseignement supérieur avec l’amélioration de la qualité de la formation.
Des bourses plus transparentes et un dialogue permanent
Me Saïd Larifou soutient également les propositions formulées par Me Radjabou Nadhur en faveur d’un meilleur accompagnement social des étudiants. Parmi les pistes évoquées figurent la mise en place d’un système transparent de bourses et d’aides sociales, l’amélioration des conditions de transport et de logement, le renforcement des ressources documentaires et numériques ainsi que le soutien à la recherche.
Il insiste par ailleurs sur la nécessité d’améliorer les conditions de travail des enseignants et de reconnaître pleinement leur rôle dans la formation des compétences dont le pays a besoin.
Au-delà des investissements matériels, il considère que le dialogue entre les étudiants, les enseignants, les administrations universitaires et les autorités publiques doit devenir une pratique régulière. Les difficultés doivent pouvoir être exprimées, examinées et traitées avant qu’elles ne dégénèrent en tensions ou en interruptions des cours.
Cette concertation devrait déboucher sur un plan d’action précis, comprenant des objectifs mesurables, un calendrier d’exécution, des responsabilités clairement établies et une estimation des ressources nécessaires. Le suivi des engagements devrait également être accessible aux citoyens afin de renforcer la transparence et la confiance.
Les 21 régions appelées à jouer un rôle central
L’une des propositions majeures défendues par Me Saïd Larifou concerne la participation active des 21 régions à la préparation de l’avenir du pays. Selon lui, les réponses aux défis démographiques et sociaux ne peuvent être élaborées exclusivement depuis le pouvoir central, sans tenir suffisamment compte des réalités locales.
Les besoins des populations varient d’un territoire à l’autre. Les difficultés d’accès aux soins, les possibilités de formation, les besoins en transport, les contraintes liées au logement et les perspectives économiques ne se présentent pas partout de la même manière.
Dans cette perspective, l’avocat souhaite que chaque région participe à un état des lieux régulier de sa population et de ses besoins. Cette démarche permettrait notamment de mieux identifier les effectifs scolaires, les besoins en matière de santé, les possibilités de formation professionnelle, les ressources agricoles disponibles et les enjeux de protection de l’environnement.
Sur la base de ces diagnostics, les territoires pourraient contribuer à la conception de projets adaptés à leurs réalités : amélioration du transport des étudiants, création d’espaces de travail, développement de l’accès numérique, soutien aux activités productives et renforcement des services de proximité.
L’État conserverait, dans ce dispositif, un rôle essentiel de coordination et de solidarité nationale. Il lui reviendrait de fixer les grandes orientations, d’assurer une répartition équitable des ressources et de veiller à ce qu’aucun territoire ne soit laissé pour compte. Les régions, de leur côté, seraient davantage associées à la préparation, à la mise en œuvre et à l’évaluation des politiques publiques.
Pour Me Saïd Larifou, cette approche permettrait de valoriser les connaissances et les initiatives des habitants, des élus, des associations, des enseignants, des jeunes et de la diaspora comorienne.
Dépenses publiques : davantage de transparence et de résultats
La préparation de l’avenir passe également, selon le président du RIDJA-PACTEF, par une meilleure lisibilité des priorités budgétaires et des investissements publics.
Sans nier l’intérêt que peuvent présenter les rencontres internationales, les forums, les engagements diplomatiques et les grands événements sportifs, il estime que les citoyens doivent pouvoir apprécier leur coût, leurs sources de financement et les retombées durables attendues.
Les autorités sont ainsi invitées à communiquer clairement sur les engagements pris auprès des partenaires, les financements effectivement mobilisés, les réalisations concrètes et l’utilité à long terme des équipements annoncés. Ces informations devraient permettre de mieux comprendre l’articulation entre les projets engagés et les besoins prioritaires de la population, notamment dans l’éducation, la santé, l’emploi et les services essentiels.
Le chantier de rénovation de l’hôpital de référence figure également parmi les sujets sur lesquels Me Saïd Larifou demande davantage de visibilité. Il plaide pour une information publique précise sur l’état d’avancement des travaux, leur coût, leur calendrier et les conditions prévues pour la mise en service de l’établissement.
Cette exigence de transparence concerne aussi les difficultés rencontrées par les enseignants et les personnels de santé, dont les préoccupations nécessitent, selon lui, une écoute réelle et des réponses suivies.
Le principe défendu est clair : l’annonce d’un projet ne constitue pas une fin en soi. Les pouvoirs publics doivent assurer son aboutissement, mesurer ses effets et rendre compte des résultats obtenus.
Vers un pacte national pour les générations futures
Face à ces enjeux, Me Saïd Larifou propose l’ouverture d’un vaste travail national associant les étudiants, les enseignants, les professionnels de santé, les collectivités territoriales, les villages, les acteurs économiques, les chercheurs et les membres de la diaspora.
L’objectif serait de parvenir à un pacte pour les générations futures reposant sur plusieurs engagements structurants.
Le premier consisterait à améliorer la connaissance des réalités démographiques et sociales du pays grâce à des données régulièrement actualisées et accessibles par île et par territoire. Le deuxième viserait à mieux préparer l’avenir de l’éducation et de l’université, en anticipant les besoins d’accueil, en soutenant les enseignants et en améliorant les conditions de vie étudiante.
Le troisième axe porterait sur le renforcement des services essentiels, notamment la santé, avec des priorités clairement définies et des mécanismes de suivi. Le quatrième donnerait une place accrue aux 21 régions dans l’identification des besoins et l’évaluation des projets.
Le pacte devrait également ouvrir de nouvelles perspectives à la jeunesse à travers la formation professionnelle, l’accompagnement vers l’emploi et le développement d’initiatives économiques adaptées aux potentialités de chaque territoire.
Enfin, la publication régulière des engagements, des financements mobilisés et des progrès réalisés constituerait une garantie de transparence et de responsabilité.
Ces propositions restent à préciser, à chiffrer et à discuter avec les acteurs concernés. Leur concrétisation nécessiterait donc un travail de concertation et la définition de mesures réalistes, accompagnées de moyens adaptés.
Faire de la jeunesse une force pour les Comores
En saluant la lettre ouverte de Me Radjabou Nadhur, Me Saïd Larifou entend rappeler que les préoccupations exprimées par les étudiants méritent d’être prises au sérieux. Pour lui, cette parole traduit à la fois l’attachement d’une jeune génération à son université et son attente légitime de réponses concrètes de la part des responsables publics.
La jeunesse comorienne ne doit pas être considérée comme une charge supplémentaire pour les finances publiques, mais comme une richesse humaine dont le potentiel doit être valorisé. Lui permettre d’étudier dans de bonnes conditions, de développer ses compétences, d’entreprendre et de participer aux décisions constitue un enjeu majeur pour l’avenir du pays.
À travers cet appel, le président du RIDJA-PACTEF invite ainsi à dépasser les réponses ponctuelles pour inscrire l’action publique dans une démarche de prévision, de concertation et d’évaluation. L’enjeu est de construire un développement qui prenne en compte les besoins immédiats sans compromettre les possibilités des générations à venir.
Son message se résume en une ambition : mobiliser les territoires, renforcer la solidarité nationale et donner à chaque jeune les moyens de contribuer au développement des Comores.
« 21 régions mobilisées, une nation solidaire, un avenir à construire pour chaque génération » : telle est la vision défendue par Me Saïd Larifou pour placer la jeunesse et la responsabilité publique au cœur du projet national.




