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Guinée-Bissau : 260 citoyens saisissent la justice contre les auteurs présumés du « coup d’État électoral » de 2025, un tournant historique dans la crise politique

La crise politique en Guinée-Bissau vient de franchir une étape décisive sur le terrain judiciaire. À la veille du Sommet extraordinaire de la CEDEAO prévu à Freetown, en Sierra Leone, un collectif de 260 citoyens bissau-guinéens a officiellement engagé une vaste offensive judiciaire contre les personnes qu’il considère comme responsables du « coup d’État électoral et militaire » du 26 novembre 2025.

Composé d’électeurs de la diaspora, de membres de la société civile ainsi que de victimes présumées des violences institutionnelles, le collectif a déposé, le 17 juillet 2026, une plainte pénale avec constitution de partie civile devant le Tribunal de Bissau. Cette initiative vise les auteurs présumés, leurs commanditaires, facilitateurs et complices, accusés d’avoir interrompu le processus électoral présidentiel en empêchant la proclamation officielle des résultats.

Des accusations d’une gravité exceptionnelle

Les plaignants fondent leur action sur une série d’accusations qu’ils qualifient de particulièrement graves. Parmi celles-ci figurent l’atteinte à la souveraineté populaire, la rupture de l’ordre constitutionnel, l’interruption illégale du processus démocratique ainsi que la confiscation du suffrage universel. Le dossier évoque également des violations systématiques des droits humains, notamment des restrictions à la liberté de la presse, de réunion et d’expression, ainsi que des persécutions politiques et des détentions arbitraires visant des responsables politiques et des acteurs de la société civile.

Selon le collectif, le scrutin présidentiel s’était pourtant déroulé normalement sur l’ensemble du territoire national. Les procès-verbaux issus de la centralisation des votes auraient accordé une avance nette au candidat Dias Fernando da Costa. Les requérants affirment que c’est au moment où les résultats devaient être officiellement proclamés que des interventions militaires coordonnées ont paralysé les institutions et interrompu le processus électoral.

Une procédure appuyée sur le droit national et international

Les initiateurs de la plainte soulignent que leur démarche repose aussi bien sur le droit interne bissau-guinéen que sur les engagements régionaux et internationaux souscrits par la Guinée-Bissau. Ils invoquent notamment le Protocole additionnel de la CEDEAO sur la démocratie et la bonne gouvernance ainsi que la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance, deux instruments juridiques qui condamnent les changements anticonstitutionnels de pouvoir.

Dans leur déclaration, les plaignants insistent sur le caractère non partisan de leur action. Ils affirment rechercher exclusivement le respect de la Constitution, de l’État de droit et de la vérité judiciaire, estimant qu’aucune démocratie ne peut durablement se construire sur « l’incertitude et la force brute ».

Un appel solennel à la CEDEAO

Au-delà de la procédure engagée devant les juridictions nationales, le collectif interpelle directement les chefs d’État de la CEDEAO réunis à Freetown. Les signataires estiment que la stabilité de l’Afrique de l’Ouest dépend de la capacité des organisations régionales à faire respecter les principes démocratiques et à sanctionner les prises de pouvoir anticonstitutionnelles.

Ils demandent l’ouverture immédiate d’une instruction criminelle indépendante, impartiale et approfondie afin d’établir les responsabilités individuelles, tant civiles que militaires, dans les événements ayant conduit à la crise politique actuelle.

Un dossier à fort impact politique

Cette initiative judiciaire pourrait marquer un tournant majeur dans la longue crise institutionnelle que traverse la Guinée-Bissau depuis la contestation du processus électoral de novembre 2025. Elle intervient dans un contexte où la communauté internationale, la CEDEAO, l’Union africaine et les partenaires du pays sont appelés à renforcer leur implication pour favoriser le retour à l’ordre constitutionnel, à la stabilité politique et à la consolidation de l’État de droit.

Par son ampleur et le nombre de citoyens impliqués, cette plainte constitue l’une des actions judiciaires les plus importantes jamais engagées dans le pays contre des responsables présumés d’une rupture de l’ordre démocratique, faisant désormais de la justice un nouvel acteur central dans la recherche d’une issue à la crise.

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