Guinée-Bissau : l’IDIA-BG appelle à suspendre le référendum constitutionnel et exhorte à privilégier le dialogue

À quelques jours du référendum constitutionnel annoncé pour le 30 août 2026, l’Institut du Droit International Africain et de la Bonne Gouvernance (IDIA-BG) présidé par Me Saïd Larifou tire la sonnette d’alarme. Dans une contribution rendue publique le 25 août à Dakar, l’Institut estime qu’il est encore possible d’éviter une nouvelle aggravation de la crise politique, constitutionnelle et institutionnelle que traverse la Guinée-Bissau. Il plaide notamment pour la suspension du processus référendaire, l’ouverture d’un dialogue national inclusif et une intervention conjointe de la CEDEAO et de l’Union africaine.
À quelques jours d’une échéance présentée comme décisive pour l’avenir institutionnel de la Guinée-Bissau, l’IDIA-BG veut remettre la question de la légitimité au cœur du débat. Pour l’Institut, le référendum constitutionnel prévu le 30 août ne saurait être dissocié de la crise née de l’interruption, par les forces armées, du processus électoral engagé après le scrutin du 23 novembre 2025.
Dans sa contribution intitulée « Guinée-Bissau : il est encore temps d’éviter une nouvelle crise », l’organisation considère que l’enjeu dépasse largement la seule adoption ou le rejet du projet de Constitution. Il touche, selon elle, à la légitimité du processus institutionnel actuellement engagé et à la capacité des institutions africaines à faire respecter leurs propres normes en matière de démocratie et de gouvernance.
Le 23 novembre 2025, point de départ de la crise
L’IDIA-BG invite à revenir aux événements des 23 et 26 novembre 2025 pour comprendre la situation actuelle. Le peuple bissau-guinéen s’était rendu aux urnes le 23 novembre pour élire ses représentants et son président. Selon la contribution, les missions internationales d’observation avaient décrit le scrutin comme libre, transparent et pacifique.
Mais trois jours plus tard, alors que le processus électoral n’était pas arrivé à son terme et que les résultats définitifs n’avaient pas encore été proclamés par la Commission nationale des élections, les forces armées sont intervenues et ont pris le pouvoir. La proclamation des résultats a ainsi été empêchée. Pour l’IDIA-BG, c’est cet épisode qui constitue le véritable point de départ de la crise actuelle.
L’Institut pose dès lors une question centrale : qu’est-il advenu des suffrages exprimés par les citoyens bissau-guinéens le 23 novembre 2025 ?
Dans son analyse, un changement anticonstitutionnel de pouvoir peut interrompre matériellement le fonctionnement des institutions et empêcher l’achèvement d’un processus électoral, mais il ne saurait, sur le plan juridique, effacer rétroactivement la volonté exprimée dans les urnes.
Pour l’IDIA-BG, le référendum du 30 août ne peut donc, à lui seul, résoudre une crise de légitimité née de l’interruption du processus électoral de novembre 2025.
Une réforme constitutionnelle qui pose la question de la légitimité
L’Institut s’interroge également sur les conditions dans lesquelles la nouvelle réforme constitutionnelle a été préparée. Il relève notamment que le projet soumis au peuple prévoit d’importantes modifications de l’architecture institutionnelle, dont un renforcement des pouvoirs présidentiels.
Mais au-delà du contenu du texte, c’est surtout le contexte de son élaboration qui préoccupe l’IDIA-BG. Pour l’organisation, une Constitution ne constitue pas seulement une norme juridique supérieure : elle représente également le pacte politique fondamental autour duquel une nation organise l’exercice et la dévolution du pouvoir.
Dès lors, estime-t-elle, la légitimité d’une réforme constitutionnelle dépend autant de son contenu que du processus ayant conduit à son élaboration. L’Institut appelle ainsi à une véritable concertation avec les principales forces politiques et sociales du pays.
La CEDEAO et l’Union africaine interpellées
Dans cette situation, l’IDIA-BG estime que les organisations régionales et continentales ne peuvent rester dans une posture d’observation.
La CEDEAO est particulièrement interpellée. L’Institut rappelle que l’organisation ouest-africaine dispose depuis plusieurs années d’un cadre juridique consacré à la démocratie, à la bonne gouvernance et à la prévention des changements anticonstitutionnels de gouvernement.
Selon la contribution, la CEDEAO avait condamné la rupture de l’ordre constitutionnel intervenue en novembre 2025 et demandé le rétablissement de cet ordre. L’organisation avait également pris acte des rapports d’observation faisant état du caractère libre, transparent et pacifique des élections du 23 novembre.
L’IDIA-BG estime donc qu’une question de cohérence se pose désormais : comment condamner une rupture de l’ordre constitutionnel et, dans le même temps, laisser cette rupture servir progressivement de fondement à un nouvel ordre institutionnel sans régler la crise initiale ?
L’Union africaine est soumise, selon l’Institut, à la même exigence de cohérence. L’IDIA-BG rappelle que les textes de l’organisation continentale condamnent les changements anticonstitutionnels de gouvernement et consacrent le respect de l’ordre constitutionnel, la régularité des élections, le pluralisme politique et la souveraineté populaire.
L’Institut souligne notamment que le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine avait demandé, en novembre 2025, aux autorités militaires de permettre à la Commission nationale des élections d’achever le processus électoral et de proclamer les résultats. Pour l’IDIA-BG, cette exigence demeure d’actualité malgré le temps écoulé.
Cinq mesures pour sortir de l’impasse
Face aux risques d’une nouvelle crise de légitimité, l’IDIA-BG propose une démarche articulée autour de cinq mesures prioritaires. La première consiste à suspendre le processus référendaire afin de permettre l’organisation d’une véritable concertation nationale sur l’avenir institutionnel de la Guinée-Bissau.
La deuxième porte sur la nécessité de garantir les libertés politiques et publiques, notamment la liberté d’expression, la sécurité et la libre participation de l’ensemble des acteurs politiques, de la société civile et des citoyens au débat national.
Troisièmement, l’Institut demande à la CEDEAO et à l’Union africaine de dépêcher immédiatement à Bissau une mission politique conjointe de haut niveau, avec, si nécessaire, l’appui des Nations unies, de la CPLP et d’autres partenaires internationaux.
Quatrièmement, il préconise l’ouverture d’un dialogue national inclusif, réunissant les autorités de transition, les forces politiques, les acteurs du processus électoral de novembre 2025, la société civile, les autorités religieuses et traditionnelles ainsi que les institutions nationales compétentes.
Enfin, l’IDIA-BG appelle à la conclusion, sous garanties régionales et internationales, d’un accord politique et institutionnel permettant de traiter la question du processus électoral interrompu et de définir de manière consensuelle les conditions d’un retour à un ordre constitutionnel pleinement légitime.
Éviter de « constitutionnaliser le fait accompli »
Au-delà du cas bissau-guinéen, l’Institut estime que l’enjeu concerne toute l’Afrique de l’Ouest. Il met en garde contre le risque de voir s’installer un précédent dans lequel un processus électoral pourrait être interrompu par la force, avant qu’une transition issue de cette rupture ne conduise à l’adoption d’une nouvelle Constitution sans que le contentieux électoral initial ait été réglé.
Pour l’IDIA-BG, la lutte contre les changements anticonstitutionnels ne doit donc pas se limiter à condamner les coups d’État au moment où ils surviennent. Elle doit également empêcher que le temps transforme progressivement un fait accompli militaire en fait accompli juridique et institutionnel.
L’Institut appelle ainsi la CEDEAO et l’Union africaine à faire preuve de cohérence et de fermeté dans l’application des normes africaines relatives à la démocratie et à la gouvernance. Pour lui, la crédibilité du droit africain ne dépend pas seulement de la qualité des textes adoptés, mais aussi de la volonté politique de les faire respecter lorsque surviennent des situations complexes.
« Il est encore temps »
Dans sa conclusion, l’IDIA-BG adopte un ton résolument orienté vers l’apaisement. L’Institut assure que son message aux autorités de transition n’est pas un acte d’hostilité, mais un appel à la responsabilité. Aux forces politiques, il adresse un appel au dialogue plutôt qu’à la confrontation. À la CEDEAO et à l’Union africaine, il demande d’assumer pleinement leurs responsabilités.
Et au peuple bissau-guinéen, l’Institut adresse un message de confiance. « Il est encore temps », insiste-t-il : de suspendre le référendum, de réunir les différentes composantes de la société autour d’une même table, de rechercher une solution à la question du processus électoral interrompu et, à terme, de construire une réforme constitutionnelle véritablement nationale.
À cinq jours du référendum annoncé, l’IDIA-BG place ainsi la Guinée-Bissau devant un choix majeur : privilégier la précipitation institutionnelle ou prendre le temps de reconstruire un consensus politique susceptible de donner une légitimité durable aux institutions de demain.
Pour l’Institut, la véritable victoire ne devrait être celle d’aucun camp politique. Elle devrait être celle de la République, du droit, du dialogue et de la souveraineté populaire. La contribution a été publiée à Dakar le 25 août 2026.




