Comores : le RIDJA-PACTEF appelle à une rupture profonde et dessine les contours d’un « autre Archipel »
(Réunis à Ntsinimoipanga, les responsables et militants du mouvement politique plaident pour une refondation de l’État, un « Plan Marshall social », un pacte national pour la jeunesse et une régionalisation inscrite dans la Constitution.)

Le RIDJA-PACTEF veut tourner une nouvelle page de l’histoire politique et sociale des Comores. Réunis à Ntsinimoipanga, dans la région de Mbadjini, les délégués, responsables et militants du mouvement ont adopté une déclaration qui se veut à la fois un constat sévère de la situation du pays et une feuille de route pour sa transformation. Sous le mot d’ordre « Un autre Archipel des Comores est possible », le mouvement appelle à une rupture avec l’immobilisme et propose une profonde refondation de la République.
Dans sa déclaration, le RIDJA-PACTEF estime que les Comores ne peuvent plus se contenter de « survivre » face aux difficultés persistantes qui affectent la vie quotidienne des populations. L’accès à l’eau, l’irrégularité de l’électricité, les difficultés du système de santé, la cherté de la vie, la précarité, les insuffisances de l’agriculture et le manque de perspectives professionnelles pour la jeunesse figurent parmi les principales préoccupations mises en avant.
Le mouvement établit notamment un lien direct entre le manque d’opportunités économiques et l’exil d’une partie de la jeunesse. Selon lui, trop de jeunes Comoriens finissent par considérer le départ comme leur seule perspective d’avenir, parfois au prix de traversées dangereuses et de drames humains. Face à cette situation, le RIDJA-PACTEF affirme son refus de voir « la pauvreté » devenir le destin du pays et « l’exil » le projet de vie des nouvelles générations.
« Il ne suffit plus de changer les hommes ; il faut changer le système »
Le diagnostic posé par le mouvement dépasse largement la seule question des dirigeants. Pour le RIDJA-PACTEF, la crise comorienne est désormais multidimensionnelle : culturelle, morale, sociale, économique, démocratique, institutionnelle et environnementale.
La déclaration dénonce ainsi des décennies marquées par les querelles politiques, la fragilisation des institutions, une économie jugée insuffisamment productive et une organisation publique qui peine à répondre aux besoins fondamentaux des citoyens. À cette situation intérieure s’ajoutent, selon le mouvement, les défis liés au changement climatique, à la croissance démographique et aux mutations technologiques.
D’où la nécessité, estime-t-il, de sortir d’une politique limitée à la gestion du présent pour préparer les Comores aux vingt-cinq prochaines années. Le mouvement assume donc ce qu’il qualifie de « rupture », mais précise que celle-ci doit être fondée sur les idées, la démocratie, la justice sociale et la transformation, et non sur la violence ou la confrontation.
Le RIDJA-PACTEF affirme ainsi vouloir privilégier la mobilisation pacifique, le dialogue, la démocratie, les institutions et les urnes pour opérer le changement.
La régionalisation au cœur du projet de refondation
L’une des propositions majeures avancées à Ntsinimoipanga concerne la reconnaissance constitutionnelle des régions des Comores.
Pour le RIDJA-PACTEF, cette régionalisation doit permettre de rapprocher la République des citoyens, de responsabiliser davantage les acteurs locaux et d’adapter les politiques publiques aux réalités économiques, sociales et culturelles des différents territoires.
Le mouvement insiste toutefois sur le fait que sa conception de la régionalisation ne constitue ni une démarche de division ni une logique de repli. Il s’agit, selon lui, de mieux organiser l’unité nationale, en donnant davantage de responsabilités et de capacités d’initiative aux territoires.
Cette proposition s’inscrit dans une vision plus large de la République, que le mouvement souhaite refonder autour des régions, du citoyen, de la justice, du travail, de la responsabilité et de l’intérêt général.
Réconcilier une société profondément divisée
Au-delà des réformes institutionnelles, le RIDJA-PACTEF place la restauration de la confiance au cœur de son projet. Pour ses responsables, aucune transformation durable ne pourra être réalisée dans un pays constamment divisé contre lui-même.
La déclaration lance ainsi un appel au dialogue à plusieurs niveaux : entre pouvoir et opposition, entre générations, entre îles et régions, entre les Comoriens de l’intérieur et la diaspora, mais également avec les jeunes, les femmes, les entrepreneurs, les agriculteurs, les enseignants, les professionnels de santé, les intellectuels ainsi que les autorités religieuses et traditionnelles.
Pour le mouvement, la démocratie ne doit pas chercher à supprimer les différences. Elle doit plutôt permettre leur confrontation pacifique et donner au peuple la possibilité de choisir librement son avenir.
Un « Plan Marshall social » pour répondre aux urgences
Pour traduire son projet politique en actions concrètes, le RIDJA-PACTEF propose la mise en œuvre d’un « Plan Marshall social » destiné à répondre aux principales urgences du pays.
Ce programme s’articulerait autour de plusieurs priorités : l’eau, l’électricité, la santé, l’éducation et la formation, la sécurité alimentaire, la relance agricole, les infrastructures de base et la protection des familles les plus vulnérables.
Le mouvement prévoit également un pacte d’insertion sociale et professionnelle pour 50 000 jeunes diplômés, avec pour objectif de faciliter leur accès à l’emploi et de favoriser leur engagement dans l’entrepreneuriat, notamment dans des secteurs considérés comme stratégiques et prioritaires.
Le RIDJA-PACTEF estime que l’accès à l’eau potable, à l’électricité et aux soins ne devrait plus relever de simples promesses électorales, mais constituer des droits essentiels et des conditions élémentaires de dignité.
La jeunesse, deuxième grande priorité
La question de la jeunesse occupe une place centrale dans la déclaration. Le mouvement propose un Pacte national pour la jeunesse comorienne, avec l’ambition de permettre à chaque jeune de se former, de travailler, d’entreprendre et de construire son avenir dans son propre pays.
Pour y parvenir, le RIDJA-PACTEF préconise des investissements importants dans la formation professionnelle, le numérique, l’économie maritime, l’agriculture moderne, les énergies renouvelables, le tourisme, les métiers de la santé et les nouveaux secteurs de l’économie régionale. L’objectif affiché est clair : éviter que la jeunesse soit contrainte de choisir entre chômage et exil.
Dans cette stratégie, la diaspora est également appelée à jouer un rôle majeur. Le mouvement veut transformer progressivement sa contribution aux Comores, afin de passer d’une diaspora qui contribue principalement à la survie du pays à une diaspora qui participe activement à sa construction économique, intellectuelle et professionnelle.
Transformer l’insularité en avantage stratégique
Le RIDJA-PACTEF entend également revoir la place des Comores dans leur environnement régional. Le mouvement considère que l’insularité ne doit pas être vécue uniquement comme une contrainte, mais comme une opportunité.
Situé au cœur de l’océan Indien, l’archipel se trouve à proximité de Madagascar, Maurice, des Seychelles, de La Réunion, de Rodrigues ainsi que des États de l’Afrique orientale et australe. Cette position géographique pourrait, selon le mouvement, favoriser davantage de coopérations dans des secteurs tels que l’énergie, la santé, l’université, l’agriculture, la pêche, les transports, l’environnement, le numérique et la formation.
À plus long terme, le RIDJA-PACTEF défend même l’ambition de travailler à l’émergence progressive d’une Union des États et des territoires de l’océan Indien, fondée sur la coopération, les intérêts partagés, la circulation des compétences et la réalisation de projets communs.
Vers un nouvel élan pour l’ensemble de l’Archipel ?
La déclaration aborde également les blessures historiques, les différends politiques et les questions de souveraineté qui continuent de peser sur l’espace comorien. Le RIDJA-PACTEF estime que ces questions ne peuvent être réglées ni par les slogans ni par le silence, mais par le dialogue, la responsabilité et une vision de long terme.
Le mouvement mise notamment sur les projets communs, la circulation des étudiants et des compétences ainsi que les partenariats sanitaires, économiques, environnementaux et culturels pour recréer progressivement des liens et de la confiance entre les populations de l’archipel et les différents États et territoires de l’océan Indien.
Le RIDJA-PACTEF veut désormais passer à l’action
Au terme de sa déclaration, le mouvement reconnaît qu’aucune formation politique ne peut prétendre détenir seule toutes les réponses aux défis auxquels sont confrontées les Comores. La reconstruction du pays, estime-t-il, dépassera les partis, les dirigeants et même les générations.
Mais le RIDJA-PACTEF revendique désormais une vision, un « Plan Marshall social », un pacte national pour la jeunesse, un projet de régionalisation et une ambition d’intégration renforcée de l’archipel dans son environnement régional.
La rencontre de Ntsinimoipanga est ainsi présentée non comme une conclusion, mais comme une nouvelle étape. Le mouvement annonce vouloir aller à la rencontre des Comoriennes et des Comoriens, écouter leurs difficultés, leurs propositions et leurs aspirations, tout en ouvrant ses portes aux compétences et aux bonnes volontés.
En définitive, le message porté par le RIDJA-PACTEF se veut à la fois politique et social : refuser la fatalité, combattre l’immobilisme et redonner aux Comoriens la conviction qu’un autre avenir est possible. « Un autre pays est possible. Un autre Archipel des Comores est possible », conclut la déclaration, qui présente cette ambition comme la responsabilité et l’engagement du RIDJA-PACTEF.




